« Mauvais signal »

Cette information a stupéfié de nombreux libéraux. « Nous avons des ressortissants belges sur place dont certains pourraient être issus de la communauté LGBT. Je trouve que le Sénégal envoie un très mauvais signal », déplore le député wallon, Guillaume Soupart. « À titre personnel, c’est un pays dans lesquels je ne souhaite pas voyager parce que je sais que je n’y suis pas le bienvenu. »

À l’initiative de l’élu montois, les libéraux souhaitent mettre une pression sur Dakar. « Un espoir subsiste tant que le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye n’a pas promulgué la loi. La Belgique, exemplaire sur la protection des droits LGBT, doit mener une offensive diplomatique, notamment auprès de ses partenaires européens. »

La méthode portée par le MR s’inscrit dans une volonté plus large, défendue de longue date par le président Georges-Louis Bouchez, de revoir à la baisse les budgets de la coopération au développement. Sur le site d’Enabel, on apprend que la Belgique est actuellement en train de soutenir cinq projets au Sénégal dans la santé et la sécurité alimentaire pour un montant global de 40 millions d’euros. Via Enabel, l’Union européenne soutient également des projets pour quelque 35 millions d’euros.

Suspendre ou réorienter

« L’objectif n’est pas de supprimer par principe toute aide — dont l’utilité stratégique et humanitaire est réelle — mais de poser la question de sa suspension ou de sa réorientation », poursuit Guillaume Soupart. « Le contribuable belge ne peut financer un État où ses propres ressortissants ou les citoyens locaux seraient criminalisés pour leur orientation sexuelle. »

L’initiative portée au sein du MR vise à mobiliser le gouvernement fédéral. Mais le député espère également faire tache d’huile à l’échelle européenne. « La France, par exemple, verse environ 200 millions d’euros par an au Sénégal… On ne peut accepter que le Sénégal bénéficie de la solidarité internationale tout en violant les droits fondamentaux. »

Prévot n’est pas sur cette ligne

Le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés) nous dit suivre « avec attention et préoccupation » les évolutions législatives en discussion au Sénégal. Il rappelle que « la Belgique est résolument attachée à la protection et à la promotion des droits humains, y compris ceux des personnes LGBTQI+ » car « ces principes constituent le socle de sociétés inclusives et stables ».

« Même quand ils nous heurtent, nous comprenons que des débats nationaux existent mais nous rappelons l’importance du respect de la dignité humaine, du principe de non‑discrimination et des engagements internationaux librement assumés. »

Federal Minister Maxime Prevot pictured during the 22nd European Day in memory of the victims of terrorism, organised by the European Commission and Belgium, on Tuesday 10 March 2026 in Brussels. This annual ceremony brings together victims of terrorism, their families, representatives of EU institutions, Member States, civil society organisations and international partners to honour the memory of those affected by terrorist acts. BELGA PHOTO ERIC LALMANDFederal Minister Maxime Prevot pictured during the 22nd European Day in memory of the victims of terrorism, organised by the European Commission and Belgium, on Tuesday 10 March 2026 in Brussels. This annual ceremony brings together victims of terrorism, their families, representatives of EU institutions, Member States, civil society organisations and international partners to honour the memory of those affected by terrorist acts. BELGA PHOTO ERIC LALMANDPour Maxime Prevot, « affirmer nos valeurs, ce n’est pas imposer ». ©Belgaimage

Pour autant, le ministre n’entend pas revoir le mécanisme d’aide qui lie la Belgique au Sénégal. « Nous restons pleinement engagés auprès du peuple sénégalais. Notre coopération au développement vise à renforcer l’accès à la santé, à l’éducation et au développement durable au bénéfice des populations, et s’inscrit dans une logique de partenariat et d’écoute des acteurs de la société civile sénégalaise.

Le vice-Premier précise que la Belgique continuera à défendre « avec constance » les droits humains et le principe de non-discrimination. « Affirmer nos valeurs, ce n’est pas imposer, c’est contribuer à un échange respectueux fondé sur la coopération et la confiance. »