Le développement hôtelier en Afrique entre dans une nouvelle phase d’expansion. Selon les données du cabinet W Hospitality Group, le continent comptait, début 2026, un pipeline record de 675 hôtels totalisant 123 846 chambres en cours de développement. Une progression soutenue d’un marché dont le chiffre d’affaires pourrait atteindre 15 milliards USD, soit environ 13 milliards d’euros à l’horizon 2029, contre 10,6 milliards USD (environ 9,2 milliards d’euros) en 2024.
Cette montée en puissance reflète un regain de confiance des grandes chaînes internationales, qui multiplient les engagements sur le continent.
Une croissance concentrée sur quelques pôles
Cette dynamique survient alors que la demande touristique continue de se renforcer sur le continent. L’Afrique a enregistré environ 74 millions de visiteurs en 2024, un niveau supérieur à celui d’avant la pandémie de Covid-19, avant d’atteindre 81 millions d’arrivées en 2025, en hausse de 8 %, selon les données de l’Organisation mondiale du tourisme. Cette progression repose à la fois sur la reprise des flux internationaux, l’essor du tourisme intra-continental, et la montée progressive des classes moyennes, malgré des contraintes persistantes liées à la connectivité, aux capacités d’accueil et aux politiques de visa.
Dans ce contexte, le marché reste fortement dominé par deux pays d’Afrique du Nord, l’Égypte et le Maroc, qui ont enregistré en 2025 une croissance à deux chiffres de leurs arrivées internationales (+ 20% et + 14% respectivement), ainsi que de leurs recettes touristiques (+17% et +19%). Cette concentration se reflète également dans la géographie hôtelière. L’Égypte s’impose comme le principal moteur du marché, avec 185 hôtels et 45 984 chambres en projet, soit plus d’un tiers de la capacité planifiée en Afrique. Le Maroc suit à distance, avec 75 hôtels et 10 606 chambres.
À eux seuls, ces deux marchés concentrent plus de 45% des chambres en développement, confirmant l’attractivité des destinations disposant déjà d’infrastructures touristiques solides et d’une demande structurée, notamment domestique.
Derrière ce duo, quelques économies clés structurent le reste du pipeline. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique subsaharienne, se positionne à la deuxième place continentale, mais avec seulement 57 hôtels et 8 480 chambres en projet. Le Kenya et l’Éthiopie occupent les rangs suivants, tandis que des marchés plus spécialisés comme le Cap-Vert se distinguent par des projets de grande taille orientés vers le tourisme balnéaire.
Au total, les dix premiers marchés captent près de 80% des chambres en développement, laissant une part marginale au reste du continent. Une configuration qui souligne la difficulté pour de nombreux pays africains d’attirer des projets hôteliers d’envergure, malgré leur potentiel touristique.
Afrique de l’Est : la dynamique de l’exécution
Si l’Afrique du Nord domine en volume, c’est en Afrique de l’Est que les projets avancent le plus concrètement. L’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie affichent les taux de mise en chantier les plus élevés, avec près de 80 % des chambres en développement déjà en construction. Cette capacité d’exécution contraste avec celle d’autres marchés majeurs. Au Nigeria, par exemple, moins de la moitié des projets ont franchi le cap du chantier, tandis que certains pays affichent des pipelines encore largement théoriques.
Ces écarts traduisent des réalités structurelles : environnement des affaires, accès au financement, stabilité réglementaire ou encore maturité des écosystèmes touristiques. Là où ces facteurs convergent, les projets se matérialisent rapidement. Ailleurs, ils restent souvent à l’état d’intention.
Autre caractéristique du secteur : la forte concentration des opérateurs. Cinq groupes internationaux (Marriott, Hilton, Accor, IHG et Radisson) représentent à eux seuls environ 80 % des hôtels et des chambres en développement. Cette domination reflète la capacité de ces acteurs à sécuriser les financements, à standardiser les projets et à rassurer les investisseurs. À l’inverse, les opérateurs indépendants ou régionaux peinent encore à capter une part significative de cette croissance.
Entre annonces et livraisons, un écart persistant
Malgré un pipeline record, la concrétisation des projets reste incertaine. Plus de 65 000 chambres sont attendues entre 2026 et 2027, mais les retards de construction, les contraintes de financement ou les obstacles administratifs continuent de ralentir les calendriers. En outre, une part importante des projets — représentant plusieurs dizaines de milliers de chambres — n’affiche pas encore de date d’ouverture confirmée, signe d’un décalage persistant entre ambitions et réalisations.
Au final, le développement hôtelier africain apparaît comme un marché à deux vitesses : dynamique et concret dans certains pôles bien établis, plus incertain ailleurs. Une réalité qui pourrait accentuer, à court terme, les déséquilibres géographiques de l’offre touristique sur le continent, malgré un potentiel de croissance largement partagé.