Être numéro un africain du caoutchouc ne suffit plus à la Côte d’Ivoire. Dans le pays, les acteurs de la filière veulent aller plus loin et peser sur le marché mondial durant la prochaine décennie. Le 20 décembre dernier, l’Association des producteurs pour la redynamisation de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire (APRHECI) a indiqué l’objectif de mise en production de 500 000 hectares supplémentaires d’hévéa d’ici 2036.

Accélérer la montée en puissance de l’industrie

Dans les détails, ce plan se traduira concrètement par le développement de 50 000 ha par an, dont 20 000 ha pour le renouvellement des vieux vergers et 30 000 ha pour de nouvelles plantations.

Les producteurs bénéficiaires recevront gratuitement du matériel végétal (clones et plants) pour cultiver un hectare chacun et les zones concernées comprennent entre autres Tiébissou, Didiévi, Dimbokro, Daoukro, Bondoukou, Touba et Odienné.

Cette annonce de l’APRHE-CI vient s’inscrire dans le cadre des précédentes ambitions affichées par l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC) qui travaille depuis plusieurs années à stimuler le secteur et accélérer la production.

Selon les données du Conseil HévéaPalmier à huile-coco (CHPHC), la superficie consacrée à la culture de l’hévéa est passée de 701 481 hectares en 2019 à 722 502 hectares en 2023, soit une hausse limitée de 3%. Et si la production a plus que doublé sur ladite période atteignant 1,7 million de tonnes, le pays reste encore en dessous de l’objectif de 2 millions de tonnes fixé depuis plus de 5 ans.

Avec une hausse des superficies, les autorités espèrent ainsi doper la production et bousculer l’Indonésie, second producteur mondial derrière la Thaïlande. Dans le pays d’Afrique de l’Ouest, les associations professionnelles misent également sur l’amélioration de la formation technique des producteurs (saignée, greffage, piquetage notamment) ainsi que de la traçabilité de la filière. Dans ce cadre, l’APROMAC a indiqué que 104 000 cartes de planteur ont été distribuées pour un effectif de 244 000 producteurs enrôlés.

Tirer profit de la croissance du marché mondial

Au-delà de la hausse des volumes, l’ambition est avant tout de permettre à la filière ivoirienne de l’hévéa de consolider et d’accroître ses recettes d’exportation, un levier stratégique pour l’économie nationale.

Selon les statistiques du commerce extérieur compilées par la Direction générale des douanes, les revenus tirés des exportations sont passés de 531 milliards de francs CFA (809 millions d’euros) en 2019 à 1 489 milliards de francs CFA (2,2 milliards d’euros) en 2024, ce qui en fait la seconde source de devises étrangères du secteur agricole derrière le cacao et devant l’anacarde, les fruits et le café.

Pour le pays, les perspectives du marché sont favorables sur les prochaines années. D’après le cabinet privé de conseil et d’études de marché Mordor Intelligence, la taille du marché mondial du caoutchouc naturel a été estimée à 48,5 milliards de dollars en 2025 (41,4 milliards d’euros) et devrait enregistrer une croissance annuelle moyenne de 4,58% pour atteindre 60,7 milliards de dollars à l’horizon 2030 (51,8 milliards d’euros).

Selon la firme basée en Inde, l’Afrique constituera la région à la croissance la plus rapide, avec un taux de croissance annuel moyen (TCAM) estimé à 6,20% à l’horizon 2030. Étant le premier fournisseur africain, la Côte d’Ivoire sera mieux placée plus que n’importe quel autre pays du continent pour tirer pleinement profit des perspectives positives à condition de poursuivre les efforts de productivité et de montée en gamme.