L’artiste, productrice et performeuse sud-africaine Dope Saint Jude est de retour avec un nouvel opus I Said What I Said (« J’assume ce que j’ai dit »), entre hip hop et electro.

Publié le : 18/03/2026 – 10:29

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Si l’amapiano et le gqom font partie des genres musicaux les plus en vogue en Afrique du Sud, force est de constater que le hip hop n’est pas en reste. Les morceaux d’artistes comme A-Reece ou Nasty-C génèrent des millions de vues sur YouTube et les sites de streaming tandis que des festivals et concerts ont lieu un peu partout à travers le pays.

Dans un registre qui se rapproche plus du hip hop /electro, la rappeuse Dope Saint Jude ne cesse de faire parler d’elle, y compris à l’internationale. Originaire de Cape Town, la trentenaire commence sa carrière artistique à l’âge de treize ans en apprenant, seule, à jouer de la guitare. Une façon de se familiariser avec le monde de la musique, de manière autonome, elle qui a grandi dans un milieu modeste, qui ne lui permettait pas de prendre des cours.

Par la suite, durant son adolescence, elle devient drag king : « C’est l’inverse de drag queen, nous dit-elle. J’interprétais des morceaux de hip hop et me déguisais en Lil Wayne […]. Plus tard, j’ai commencé à écrire mes propres textes, à produire mes sons, et à l’âge de 25 ans, j’ai sorti mon premier EP en mode DIY (Do it yourself) » se souvient la rappeuse. Un premier essai qui met en lumière sa musique.

Inspirée par des artistes tels que M.I.A, Tracy Chapman, Lauryn Hill ou encore Tupac Shakur, elle enchaine les sorties d’EPs et fait connaitre son style, hip hop/electro sans concessions. Dans ses chansons, elle parle tout simplement de sa réalité. Une démarche qui tend à se raréfier dans le rap de la nouvelle génération où le bling bling, l’arrogance et le culte de soi ont pris le dessus.

Mais le parcours de vie de Catherine Saint Jude Pretorius alias Dope Saint Jude la conduit quasi mécaniquement à être politisée. À travers ses textes, elle aborde des thématiques intimes qui tournent autour de sa condition de femme, son identité queer ou encore la perte de sa mère survenue il y a près de dix ans.

« Certains affirment que la musique est politique. Je n’essaie pas forcément de l’être, mais mon vécu est politique, comme tout…  Je suis une femme noire, queer… Et quand je vivais à Londres, j’étais une immigrante » raconte l’artiste qui a vécu dans la capitale britannique pendant cinq ans avant de revenir à Cape Town en 2023.

Authentique

S’il y a bien un mot pour caractériser l’artiste native du Cap, c’est « authentique ». Cette authenticité est présente partout : dans sa musique, sa manière d’être, son audace et évidemment dans les sujets qu’elle traite, notamment sur les questions liées aux mouvements LGBTQIA+ et à son identité queer qu’elle revendique ouvertement : « C’est important pour moi et pour mon public. Afin d’apporter une perspective différente, pour que les gens puissent se reconnaitre dans ma musique. Je n’essaie pas de m’en détourner, parce que ça fait simplement partie de ma vie. Je reçois souvent des messages de personnes chez qui ça résonne, parce que cette honnêteté les touche. Au fond, ce qui compte pour moi c’est d’être vraie. »

Mais cette honnêteté pousse parfois certains journalistes à ne regarder Dope Saint Jude qu’à travers le prisme LGBT, au risque d’éclipser la richesse de ses œuvres musicales. « C’est un peu frustrant, oui » soupire-t’elle « Après, ça peut servir de porte d’entrée et tant qu’on finit par parler de ma musique… Ça me va ».

Mais cela démontre une chose : derrière les étiquettes, il y a une artiste qui avance avec un style singulier qui se matérialise dans son dernier EP sorti le 27 février dernier : I Said What I Said que l’on pourrait traduire par « J’assume ce que j’ai dit », un titre qui reflète le tempérament de la rappeuse.

La force des messages

Dans cet opus, huit morceaux à la vibe hip hop/electro calibrés pour briser les nuques, parfaits pour enflammer le dancefloor ou faire vibrer les enceintes de votre voiture. Mais la force de ce projet ne tient pas qu’à son énergie, elle réside également dans ses messages notamment sur « My Face ».

En 1979, Johnny Hallyday lançait « Ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? ». En 2026, Dope Saint Jude interroge : « What’s your obsession with my face ? ». Elle revient sur la création de ce morceau : « Je l’ai écrit lorsque je vivais encore à Londres, se souvient Catherine. Là-bas, on me demandait tout le temps mon origine ethnique…Alors qu’en Afrique du Sud, personne ne me pose ce genre de question car tout le monde me ressemble ici. »

En plus de dénoncer le racisme, « My Face » rend également hommage à sa mère. « Je parle aussi de cette idée de richesse générationnelle. Quand ma mère est morte, elle ne m’a pas laissé d’argent ni de maison. Je viens d’une famille pauvre. Mais ce qu’elle m’a transmis, c’est ma manière d’être. Quand je me regarde dans le miroir, je vois son visage. Mon visage est le sien. »

Elle poursuit : « La richesse que j’ai reçue n’était pas matérielle. Et dans le morceau je le dis : la richesse que j’ai reçue n’était pas pécuniaire. Ce que j’ai reçu de ma mère, c’est de l’intelligence et un corps ».

Dope Saint Jude sera en concert le 31 juillet au festival Musicaalarue à Luxey (40).

Dope Saint Jude I Said What I Said (Platoon) 2026

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