La compagnie minière britannique Pensana a annoncé mercredi 22 octobre un protocole d’accord avec Vacuumschmelze GmbH & Co. KG (VAC). Le groupe allemand spécialisé dans la production des aimants permanents en terres rares envisage d’intégrer à sa chaîne d’approvisionnement la mine de terres rares Longonjo, actuellement en cours de construction par Pensana en Angola.
Les deux parties indiquent vouloir négocier un accord qui verrait Pensana vendre du carbonate mixte de terres rares (MREC) à Vacuumschmelze, qui exploite l’usine eVAC Magnetics dans l’Etat américain de Caroline du Sud. L’accord soutiendra la production initiale de 2 000 tonnes par an d’aimants en terres rares, un volume qui passera à 12 000 tonnes par an d’ici 2029, précise Pensana. En cas d’entente, l’accord d’approvisionnement devrait être mis en place pour une période initiale de cinq ans, susceptible d’être prolongée.
« Le nouveau partenariat entre VAC et Pensana constitue une avancée majeure dans la lutte pour renforcer et diversifier la chaîne d’approvisionnement occidentale en minéraux de terres rares », a déclaré Troy Thacker, président exécutif d’eVAC, qui précise que l’accord renforcera la sécurité nationale et économique des États-Unis.
Les terres rares regroupent en effet 17 métaux indispensables pour des secteurs stratégiques tels que la défense, l’aéronautique, les véhicules électriques et l’industrie éolienne. S’ils ne sont pas aussi rares que leur nom le laisse entendre, ces métaux ne sont obtenus qu’après de multiples procédés de traitement et de récupération largement polluants. La Chine s’y est spécialisée au point de contrôler jusqu’à 90% des capacités mondiales de raffinage et 92 % de la production d’aimants à base de terres rares.
Pékin utilise d’ailleurs cette domination comme arme dans la guerre commerciale qui l’oppose aux États-Unis, mettant également sous pression l’approvisionnement européen. La dernière salve de restrictions décidée par le ministère chinois du Commerce, notamment l’instauration de licences d’exportation pour les produits contenant plus de 0,1 % de terres rares d’origine chinoise, illustre bien les difficultés croissantes des industriels européens. Réunis d’urgence en début de semaine par Stéphane Séjourné, commissaire européen chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle, ils évaluent encore les conséquences à court terme de ces décisions.
Mais à moyen et long termes, c’est le développement de capacités nationales et régionales qui s’impose dans l’Union européenne comme la voie à suivre. D’après la Loi sur les matières premières critiques adoptée en mars 2024 par le Conseil européen, au moins 10 % de la consommation annuelle de l’UE doit être extraite sur le territoire des pays membres, et 40 % des matières premières doivent y être transformées. Si le protocole d’accord entre Pensana et VAC vise principalement le marché américain, d’autres initiatives similaires se concentrent sur l’Europe.
C’est le cas de la future mine de terres rares Songwe Hill au Malawi, qui devrait alimenter une usine de séparation en Pologne. Elle figure sur la liste stratégique publiée par la Commission européenne dans le cadre de la loi sur les matières premières critiques, aux côtés du projet Zandkopsdrift en Afrique du Sud. Et si des projets de terres rares en Afrique se trouvent déjà dans le giron de la Chine, le protocole d’accord que vient de conclure Pensana démontre qu’il reste des voies d’approvisionnement alternatives pour l’Europe sur le continent.
Dans un rapport publié en novembre 2024, l’European Council on Foreign Relations explique néanmoins que le soutien de l’UE reste insuffisant pour inciter le secteur privé européen à investir dans les minéraux critiques en Afrique. Par ailleurs, le respect des normes sociales et environnementales (ESG) engendrerait des coûts supplémentaires, rendant les entreprises européennes moins compétitives face à leurs rivales chinoises, entre autres.