China Kingho Group, à travers sa filiale Leone Rock Metal Group, a décidé d’acheter des équipements miniers auprès du finlandais Metso pour la phase 3 de son projet de minerai de fer Tonkolili en Sierra Leone. Déjà impliqué dans les deux premières phases du projet, le fournisseur européen consolide ainsi sa présence sur l’un des actifs clés par lesquels les groupes chinois renforcent leur position sur les grandes réserves africaines de minerai de fer.

Annoncé par Metso le 22 décembre, l’accord porte sur la vente d’équipements de traitement de minerais destinés au concentrateur de Tonkolili, dimensionné pour traiter à terme 30 millions de tonnes de minerai par an. Le groupe finlandais assurera l’ingénierie, la fabrication, la fourniture, l’installation et l’assistance à la mise en service d’équipements clés, comprenant plusieurs concasseurs, des broyeurs et un épaississeur. Le montant de la commande n’a pas été communiqué, mais elle s’inscrit dans le cadre d’un investissement de 849 millions d’euros (environ 1 milliard de dollars), l’un des plus importants pour un projet minier en Sierra Leone.

Plus grande mine de fer du pays

Le minerai de fer est le premier produit minier exploité en Sierra Leone, avec une contribution d’environ 70% aux exportations en 2023, selon la National Minerals Agency citée dans un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Situé dans le nord du pays, le projet Tonkolili n’est donc pas la première mine de fer de la Sierra Leone. Il s’annonce cependant comme la plus importante de l’histoire récente du pays, avec ses 13,7 milliards de tonnes de réserves.

À pleine capacité, les installations doivent permettre de produire 10 millions de tonnes de concentré de fer par an, un volume proche de l’ensemble de la production minière nationale en 2023, estimée à 10,4 millions de tonnes d’après le même rapport de l’ITIE. La concrétisation de ce potentiel a pourtant été retardée, après l’annulation du permis d’exploitation par l’État en 2019. Cette décision a entraîné un arrêt temporaire des opérations. Le permis a finalement été réattribué en septembre 2020 à Kingho, permettant une reprise des activités à partir de fin 2020.

Depuis, l’opérateur chinois a relancé le développement du site, avec des investissements concentrés sur les capacités industrielles et les infrastructures associées. Selon le gouvernement, Tonkolili génère plus de 8 000 emplois directs, majoritairement occupés par des travailleurs locaux. Le projet s’appuie sur une chaîne logistique reliant la mine au port de Pepel, dont la capacité d’exportation a été portée à 30 millions de tonnes par an, ainsi que sur une liaison ferroviaire d’environ 200 km.

Ruée chinoise et stratégie industrielle

La logistique autour du projet Tonkolili, avec des infrastructures ferroviaires et portuaires dédiées, rappelle celle du gisement de Simandou en Guinée, où un chemin de fer de plus de 600 km et un port ont dû être construits pour faciliter l’exportation du minerai de fer. L’autre similitude entre les deux projets réside dans la domination de groupes chinois, qui mènent une offensive plus large sur plusieurs gisements africains de minerai de fer. Du Gabon à la Sierra Leone, en passant par le Cameroun et la Guinée, plusieurs gisements hébergeant des milliards de tonnes de minerai de fer sont en effet liés aux investisseurs chinois. A la recherche de nouveaux partenaires pour réduire une exposition jugée trop importante à l’Australie, premier producteur mondial, Pékin a signé en Afrique des accords d’approvisionnement en minerai de fer ou pris le contrôle de certains projets.

Alors que cette ruée vise à satisfaire la demande de l’industrie sidérurgique chinoise en minerai de fer à haute teneur, les pays africains concernés sont exposés à un risque de se voir cantonnés au statut d’exportateurs de minerais bruts. Une logique que la plupart d’entre eux veulent dépasser, à l’image de la Guinée, qui a procédé à la mise en service de Simandou fin novembre 2025. Au cours des deux prochaines années, les autorités de Conakry entendent mener des études de faisabilité pour la construction d’une unité de transformation du minerai de fer en acier ou en pellets sur le sol guinéen.

Si la Sierra Leone ne dispose pas encore d’un tel calendrier, le pays affiche aussi ses ambitions en matière de transformation locale. En novembre 2024, une première usine de barres de fer a été inaugurée, marquant selon le président Julius Maada Bio, « une nouvelle ère de décollage industriel pour la Sierra Leone ». Au Gabon, le gouvernement a décidé d’interdire d’ici 2029 les exportations à l’état brut du manganèse, son principal produit minier exploité, afin de développer la transformation locale, mais n’a encore rien communiqué sur d’éventuels plans concernant la chaine de valeur de l’industrie naissante du minerai de fer.