Le groupe italien Eni a annoncé, le 16 mars dernier, la découverte de plus de 1 000 milliards de pieds cubes (1 Tcf), soit un peu plus de 28 milliards de mètres cubes de gaz au large de la Libye, à la suite d’une campagne d’exploration récente. Ces ressources sont réparties entre deux structures géologiques adjacentes, Bahr Essalam South 2 (BESS 2) et Bahr Essalam South 3 (BESS 3), situées à environ 85 km des côtes, à une profondeur d’eau d’environ 200 mètres.
Les deux puits exploratoires – B2-16/4 et C1-16/4 – ont permis d’identifier des intervalles riches en gaz au sein de la formation de Metlaoui, principal réservoir productif de la zone. Selon le communiqué du groupe, les données recueillies confirment « la présence d’un réservoir de haute qualité », avec une capacité de production déjà validée par un test sur le premier puits.
Un développement rapide adossé aux infrastructures existantes
L’un des principaux atouts de ces découvertes réside dans leur proximité avec le champ gazier de Bahr Essalam, le plus grand champ offshore du pays, en production depuis 2005. Cette configuration ouvre la voie à un développement rapide, grâce à un raccordement aux installations existantes.
Selon la National Oil Corporation (NOC), la compagnie nationale pétrolière libyenne, le projet pourrait ajouter jusqu’à environ 130 millions de pieds cubes par jour (près de 3,7 millions m³/jour), avec un gaz destiné à la fois au marché domestique et à l’exportation.
Le gaz produit sera également exporté vers l’Italie, et s’inscrit dans un contexte d’échanges énergétiques soutenus entre les deux pays. En 2025, la Libye est devenue le premier fournisseur de pétrole brut du pays, avec 13,4 millions de tonnes livrées, soit près d’un quart de ses importations, devant l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l’Irak. Cette position est notamment favorisée par la proximité géographique entre les deux rives de la Méditerranée.
Un potentiel réel, mais contraint
Si cette découverte constitue un signal positif, son impact reste mesuré. Les volumes identifiés demeurent modestes à l’échelle régionale et pourraient générer, à moyen terme, seulement quelques centaines de millions de mètres cubes supplémentaires par an pour l’Italie. Rien qu’en 2025, l’Algérie voisine a par exemple exporté plus de 20 milliards m³ vers l’Italie, soit environ 32% des importations totales de gaz de « la Botte » sur la période.
Surtout, une grande partie du gaz devrait êtreconsommée localement, dans un pays où la production est largement mobilisée pour répondre aux besoins en électricité.
Au-delà des volumes, le principal défi reste le contexte libyen : instabilité politique, contraintes sécuritaires, infrastructures vieillissantes et besoins d’investissement. Autant de facteurs susceptibles de ralentir la mise en production, malgré la proximité des infrastructures existantes.
Une stratégie africaine plus large
Présent en Libye depuis 1959, Eni demeure le principal opérateur international du pays. Le groupe y affiche une production nette d’environ 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025 et mène actuellement trois projets de développement, dont deux devraient entrer en service dès 2026.
Cependant, cette découverte s’inscrit plus globalement dans une stratégie africaine plus large d’Eni, combinant développement d’actifs stratégiques et gestion active de son portefeuille. En Côte d’Ivoire, le groupe a ainsi conclu en janvier un accord pour céder 10 % de sa participation dans le méga-champ Baleine à la compagnie nationale azerbaïdjanaise SOCAR. Eni demeure toutefois opérateur du projet avec 47,25% du capital, aux côtés de Vitol (30%) et de la société nationale Petroci (22,75%).