Au sein de la galaxie de puissances étrangères intéressées par les réserves de minéraux critiques présentes dans le sous-sol africain, l’Inde a fait son apparition en 2025. Si aucun accord majeur n’a encore été signé par New Delhi, cet intérêt l’a déjà menée en Zambie, et la RDC est aussi en ligne de mire. Des choix de pays, loin d’être anodins, si l’on en croit les intervenants d’un panel de la conférence minière Resourcing Tomorrow, tenue début décembre à Londres. Le pays le plus peuplé du monde devrait en effet devenir d’ici 2035 le deuxième consommateur de cuivre derrière la Chine.

Croissance démographique et industrielle

Après avoir dépassé la Chine en 2023, la population de l’Inde devrait atteindre 1,7 milliard de personnes, d’ici les années 2060. Cette croissance démographique est soutenue par une économie dynamique, le pays étant, selon la Banque mondiale, la grande économie qui a connu la croissance la plus rapide au monde après la pandémie de Covid-19. L’économie indienne affiche ainsi une croissance annuelle moyenne de 7,8% du PIB sur la période 2023-2025. Au cours de la dernière décennie, l’Inde a aussi accéléré son industrialisation et l’électrification du réseau national, entraînant une consommation élevée de cuivre. Cette tendance est loin de s’arrêter, indique Rohit Pathak, patron de l’activité cuivre chez Hindalco Industries.

Pour ce dernier, le pays utilise 8% à 10% de cuivre en plus chaque année, entre autres à cause du développement du réseau électrique local et de la transition énergétique. 300 GW d’énergies renouvelables devraient ainsi être intégrés dans les cinq prochaines années. A cela il faut ajouter l’urbanisation massive du pays – la population vivant en ville devrait presque doubler d’ici 2050 pour atteindre 951 millions selon la Banque mondiale, qui induit un besoin de nouveaux logements, espaces commerciaux et installations connexes. Les besoins annuels en cuivre de l’Inde pourraient ainsi passer de 1,7 million de tonnes actuellement à 5 millions de tonnes au cours de la prochaine décennie, a rapporté S&P, citant les intervenants au Resourcing Tomorrow.

La Zambie et la RDC comme partenaires

Pour satisfaire les besoins grandissants de son économie, le gouvernement indien a dévoilé cette année un plan visant notamment la diversification des fournisseurs et l’acquisition d’actifs étrangers. Selon les détails relayés par Reuters, ce plan estime la demande de l’Inde à au moins 3 millions de tonnes d’ici 2030 et jusqu’à 9,8 millions de tonnes d’ici 2047. Si le Chili et le Pérou (respectivement premier et troisième producteur de cuivre au monde) sont les principaux partenaires ciblés par New Delhi, le pays asiatique est aussi attendu en Zambie.

En début d’année, Shri V. L. Kantha Rao, numéro 3 du ministère indien des Mines, a indiqué que son pays a obtenu 9 000 km² de terrains en Zambie pour l’exploration du cuivre et du cobalt. Il a aussi cité la RDC et la Tanzanie comme pays miniers africains intéressant l’Inde. Engagée dans une stratégie visant à produire annuellement 3 millions de tonnes de cuivre d’ici 2031, la Zambie est en quête d’investisseurs pour débloquer le potentiel de ses importantes réserves. Quant à la RDC, elle cherche dernièrement à réduire la place prépondérante de la Chine dans son secteur minier, en diversifiant ses partenaires. Les Etats-Unis et le Qatar sont déjà solidement implantés à Kinshasa, tandis que l’intérêt indien ne s’est pas encore concrétisé sur le terrain.

Dans un contexte de concurrence entre grandes puissances pour sécuriser l’approvisionnement en minéraux critiques auprès des pays africains, l’Inde part de plus loin que d’autres acteurs comme la Chine, les Etats-Unis, ou d’autres pays asiatiques que le Japon ou la Corée du Sud. Si New Delhi veut trouver sa place dans le sous-sol africain, un rapport du think tank CSEP explique qu’elle doit d’abord s’aligner sur les priorités fixées par les États africains, en misant sur la valeur ajoutée locale, le renforcement des compétences minières et la diffusion de pratiques d’extraction plus responsables. Le document recommande de mobiliser les entreprises publiques et privées, les start-up technologiques et laboratoires de recherche indiens pour intervenir dans le raffinage, le partage de données géologiques et le développement d’infrastructures liées aux mines.