«Le Maroc est un pays pauvre ». Ces mots, attribués à l’ancien député marocain Omar Balafrej, ont été partagés par différents internautes sur plusieurs réseaux sociaux. X, TikTok, Facebook, et Instagram notamment. Tout cela entre le 31 janvier et le 4 février dernier. Certains posts, comme celui-ci sur X, ont été vus des dizaines de milliers de fois. Celui publié sur TikTok compte plus de 200.000 vues.
Un extrait, où l’on voit Omar Balafrej développer ses propos, accompagne les publications. « Le Maroc est un pays pauvre. Nous avons un PIB par habitant qui est trois fois plus faible que celui de la Grèce. Qui est une fois et demi plus faible que celui de la Tunisie ou de l’Algérie ». L’ancien député poursuit, en pointant du doigt les inégalités « énormes » dans le pays. Il développe : « On a une toute petite minorité – 1 % – qui est riche. […] Et 99 % de la population est en dessous de la notion de classe moyenne ». On vérifie ?
FAKE OFF
Premier point important : cet extrait vidéo est tiré d’une conférence, longue de plus de deux heures, datant de mai 2018. Au moment où Omar Balafrej tient ces propos, et d’après les données du Fonds Monétaire International (FMI), le PIB par habitant du Maroc en parité de pouvoir d’achat s’élevait à 8.372 dollars en 2017. C’était à l’époque 13.483 pour l’Algérie, et 11.404 pour la Tunisie. Le PIB par habitant du Maroc était respectivement 1,6 fois et 1,3 fois plus faible que ces deux pays.
Mais est-ce toujours le cas ? Toujours selon les données du FMI, le PIB par habitant du Maroc en parité de pouvoir d’achat, en 2025, s’élevait à 11.437 dollars. Celui de l’Algérie à 18.509. Et celui de la Tunisie à 14.982. Résultat : le PIB par habitant du Maroc est encore 1,6 fois et 1,3 fois plus faible que ceux de l’Algérie et de la Tunisie. Comparé à ces deux pays, le Maroc est donc bien un pays plus pauvre, ou moins riche selon le point de vue.
Si le Maroc ne fait pas partie des pays les plus riches du monde, il est toutefois bien loin d’être un pays pauvre. Au Yémen par exemple, quatrième pays le plus pauvre en 2025 selon le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, cet indicateur est de 1.673 dollars.
De fortes inégalités
Un second indicateur est avancé par Omar Balafrej dans son discours, les inégalités. Ça tombe bien, le Haut-Commissariat au plan (l’équivalent de l’INSEE en France) a publié un rapport sur ce sujet en septembre dernier. Dans celui-ci, on peut voir l’évolution des inégalités de niveau de vie à travers l’indice de Gini. Plus le pourcentage est élevé, plus les inégalités sont fortes.
Cet indice de Gini est passé de 38,5 % en 2019 à 40,5 % en 2022. Autrement dit, les inégalités se sont accentuées, au point de revenir à leur niveau du début du siècle (indice de Gini de 40,6 % en 2001). Sur la même période, le nombre de personnes touchées par la pauvreté absolue a lui aussi augmenté. Touchant 1,7 % de la population marocaine en 2019, elle concernait 3,9 % de la population nationale trois ans plus tard.
Dans le même temps, le nombre de millionnaires dans le pays a augmenté. Selon un rapport du cabinet de conseil britannique Henley & Partners, le Maroc comptait 7.500 millionnaires en 2025. C’est 40 % de plus qu’en 2015.