LA TRIBUNE AFRIQUE – De quelle façon la guerre au Moyen Orient impacte-t-elle le continent africain ?
BENOÎT CHERVALIER – Tout d’abord, c’est le troisième choc majeur que les pays africains subissent depuis 2020, après le Covid et la guerre en Ukraine. A peine les économies commencent à surmonter les effets d’une crise qu’une autre apparaît avec son lot de conséquences économiques, politiques et sociales. Le Covid a révélé et amplifié les fragilités en termes de soutenabilité de la dette de nombreux pays (la Zambie et le Ghana ont fait défaut en 2020-2021) et mis en lumière les faiblesses du continent dans ses souverainetés alimentaires, énergétiques et industrielles. La guerre en Ukraine, avec la hausse des taux directeurs pour combattre l’inflation qu’elle a générée, a mis fin à un cycle de taux faibles et à un accès élargi aux marchés de capitaux. Cet accès s’est fermé à plusieurs pays, de la Tunisie au Sénégal et seuls quelques pays, économiquement plus dynamiques et vertueux, comme le Maroc, la Côte d’Ivoire ou le Bénin, sont arrivés à tirer leur épingle du jeu et en obtenant des conditions de financement avantageuses, à l’image de la dernière émission obligataire ivoirienne du mois dernier.
Quelles sont les conséquences à court terme ?
Cette nouvelle guerre, du fait de son ampleur et de sa géographie, aura des conséquences majeures pour les pays africains. S’il est trop tôt pour en tirer des enseignements à moyen et long terme, quelques effets immédiats et de court terme peuvent être d’ores et déjà constatés. Le renchérissement du coût énergétique et des matières premières se répercute sur les biens et services de base. Les travailleurs empruntant les bus collectifs et les taxis sont les premiers pénalisés, dans un contexte où les recettes et les dépenses se comptent pour des millions d’Africains au jour le jour. Les denrées alimentaires, notamment celles importatrices comme le riz, sont plus chères et donc plus rares. Il s’agit là d’un coût autant économique que social. Plus la guerre durera, plus les conséquences seront longues et profondes. Les États devront gérer des finances publiques, déjà fragilisées – plus aucun pays d’après le Cadre de Soutenabilité de la Dette du FMI et de la Banque mondiale ne se trouve en situation d’endettement faible (ils étaient 12 à être dans cette catégorie en 2014) et plus de 20 se trouvent en situation d’endettement élevé ou en défaut, avec des attentes sociales de plus en plus fortes pour atténuer ces hausses des prix.