Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et Nedbank Group – un des principaux groupes bancaires d’Afrique du Sud, qui offre des services de banque de détail, d’entreprise, d’investissement et de gestion de patrimoine – ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération financière en annonçant un mécanisme combinant marchés de capitaux et facilitation du commerce. À travers un double dispositif mêlant investissement obligataire et partage de risques, l’initiative vise à répondre à deux contraintes structurelles persistantes sur le continent : l’accès au logement abordable et le déficit chronique de financement du commerce.

Financer des projets sociaux

Le cœur du dispositif repose d’abord sur un investissement de 2,5 milliards de rands, l’équivalent de 127,2 millions d’euros, dans une obligation sociale, c’est-à-dire un titre de dette émis pour financer des projets sociaux, par Nedbank Group et cotée à la Bourse de Johannesburg. Les fonds, mobilisés dans le cadre de la stratégie de finance durable de la banque sud-africaine, seront orientés vers le financement de logements abordables, avec une attention particulière portée aux « femmes, aux primo-accédants et aux projets certifiés écologiques », indique la BAD. Au-delà du volume, l’opération illustre la volonté de l’institution de s’appuyer davantage sur les marchés domestiques de capitaux pour soutenir des objectifs sociaux, climatiques et d’inclusion financière, tout en renforçant la profondeur financière locale.

Cette annonce intervient dans un contexte où l’accès à un logement abordable reste un important défi en Afrique. En Afrique du Sud où ce nouveau projet est structuré, l’Agence française de développement (AFD) estimait à 3,7 millions d’unités en 2023, le déficit de logement du pays. Pour la BAD, l’opération permettra de cibler directement des segments de population historiquement sous-financés, tout en encourageant des standards environnementaux plus exigeants dans l’immobilier résidentiel.

Levier pour le financement du commerce africain

Le second volet de l’accord concerne un mécanisme de participation aux risques de financement du commerce d’un montant de 51,2 millions €, conclu avec Nedbank Limited, une filiale de Nedbank Group. Concrètement, la BAD fournira une couverture du risque de crédit sur les opérations de commerce international réalisées par les banques locales partenaires de Nedbank, dans des économies à faible revenu et des États en transition, souvent perçus comme trop risqués par les banques correspondantes internationales.

L’enjeu est loin d’être marginal. Le déficit de financement du commerce en Afrique est estimé à 100 milliards de dollars (85,3 milliards d’euros) par an, selon Afreximbank ; ce qui est un frein à l’essor du commerce intra-africain, pourtant au cœur des ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). En partageant le risque avec les banques commerciales, la BAD cherche à restaurer la confiance, fluidifier les échanges et réduire le coût des transactions commerciales pour les entreprises africaines.

Ce type d’instrument, moins visible que les grands projets d’infrastructures, joue pourtant un rôle clé dans l’intégration économique régionale. Il permet aux banques locales de soutenir les importations de biens intermédiaires, les exportations régionales et les chaînes de valeur africaines, tout en limitant leur exposition bilancielle.

Sur le plan stratégique, l’accord prolonge une relation de près de vingt ans entre les deux banques. Il fait également écho à une précédente intervention de la BAD en 2020, lorsqu’elle avait investi dans la première obligation verte de Nedbank pour financer le développement des énergies renouvelables en Afrique du Sud. Cette continuité illustre la montée en puissance d’une approche intégrée, combinant finance durable, marchés de capitaux locaux et instruments de réduction du risque.

En s’alignant sur la stratégie décennale 2024-2033 de la BAD, axée sur l’industrialisation, l’intégration régionale et l’amélioration des conditions de vie, le partenariat dépasse le cadre sud-africain. « En combinant des solutions innovantes de financement du logement avec la facilitation du commerce, l’accord fait progresser le développement économique inclusif et durable à travers l’Afrique », indique l’institution.