La décision est restée discrète, mais elle marque une évolution significative. En juin 2025, l’Angola a officialisé l’introduction du français comme langue étrangère obligatoire à partir des deux dernières années de l’enseignement primaire. La mesure, déjà amorcée dans certains établissements pilotes durant l’année scolaire 2024-2025, doit être progressivement étendue à l’ensemble du pays d’ici 2028, selon les éléments présentés par Ilyes Zouari, président du Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF).
Ce choix s’inscrit dans un environnement régional immédiat dominé par des économies francophones : la RDC (114 millions d’habitants) et le Congo-Brazzaville. Mais surtout, il traduit une volonté claire de s’insérer dans un espace économique en pleine expansion.
Selon les données récentes de la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne francophone — forte de plus de 500 millions d’habitants — est la zone la plus dynamique du continent, avec une croissance moyenne supérieure au reste de l’Afrique. En 2025, les pays de la zone CFA qui comptent à eux seuls 13 des 21 Etats francophones du continent ont enregistré une croissance de 4,9%, alors que la performance de l’Afrique subsaharienne était de 4%.
Sortir du tête-à-tête avec la Chine
À l’inverse, l’Angola, malgré son statut de grand producteur de pétrole et de diamants, a connu une croissance atone sur la dernière décennie (à peine 1% en moyenne entre 2014 et 2025), inférieure à sa croissance démographique. Résultat : un appauvrissement relatif et un déclassement économique, symbolisé par le dépassement de son PIB par habitant par des pays comme la Côte d’Ivoire.
Cette évolution intervient parallèlement à des transformations observées dans les partenariats économiques du pays. Selon une analyse publiée par La Tribune, l’Angola, en réduisant progressivement sa dépendance à la dette chinoise, retrouve une importance stratégique pour l’Europe, dans un contexte de recomposition des relations économiques internationales.
Cette dynamique se traduit par plusieurs projets concrets. Le lancement du satellite Angeo-1, développé avec Airbus Defence and Space, illustre une coopération dans le domaine spatial entre l’Angola et un acteur industriel européen.
Dans le secteur du transport aérien, la compagnie nationale TAAG Angola Airlines poursuit le renouvellement de sa flotte avec l’acquisition d’un cinquième Airbus A220-300, confirmant des relations industrielles suivies avec le géant européen de l’aéronautique.
Ces éléments illustrent une diversification des partenariats économiques, marquée par une présence accrue d’acteurs européens dans des secteurs stratégiques.
Un mouvement partagé dans l’espace lusophone
Sur le plan éducatif, la réforme s’inscrit également dans une continuité historique. Le français avait déjà occupé une place dans le système éducatif angolais à certaines périodes, notamment durant la colonisation portugaise et les premières années suivant l’indépendance. Aujourd’hui, l’Angola rejoint d’autres pays africains lusophones, comme le Cap-Vert, la Guinée-Bissau ou São Tomé-et-Principe, où le français est maintenu comme langue étrangère obligatoire.
Enfin, l’évolution du système éducatif angolais intervient dans un contexte global marqué par la diffusion du français à l’échelle internationale. La langue figure parmi les plus enseignées dans le monde et constitue un outil de communication présent dans de nombreux espaces économiques et institutionnels, comme le rappelle également l’analyse du CERMF.