Dans des milieux arides, comme dans le Haut Atlas au Maroc, des végétaux poussent en forme de sphère. Une adaptation aux conditions extrêmes qui leur procure de nombreux avantages.
Avez-vous déjà vu un hérisson se mettre en boule ? Ou un cloporte ? C’est pour se protéger. Des plantes ont la même tactique. Dans des zones arides, presque désertiques, comme dans les montagnes du Haut Atlas marocain, des boules vertes ponctuent les paysages, « des paysages magnifiques », témoigne Thierry Gauquelin, qui les arpente pour leur beauté, et pour son travail à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie de Marseille. Des plantes poussent donc en forme de boule parce que cette architecture sphérique offre de nombreux avantages.
Dans une région aux étés marqués par la sécheresse, il s’agit d’abord de perdre le moins d’eau possible et de limiter l’évapotranspiration (lorsque les feuilles rejettent dans l’atmosphère de l’eau sous forme gazeuse). « On sait que la sphère est la structure qui présente le rapport surface/volume le plus faible. Pour les végétaux qui doivent lutter contre la sécheresse, l’idée est donc de présenter une surface de contact avec l’atmosphère la plus faible possible et donc des possibilités de transpiration les plus faibles possibles », explique l’écologue.
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Microclimat
Ces touffes de feuilles limitent aussi l’érosion du sol. Ce sont des boules vivantes qui forment « vraiment un coussin plaqué contre le sol, poursuit Thierry Gauquelin, professeur émérite à l’Université d’Aix-Marseille. On a ainsi un sol bien différent de celui qu’on a à l’extérieur, plus riche en matière organique, plus épais, qui présente une biodiversité plus importante. Un certain nombre d’insectes, des coléoptères, etc., vont se développer au sein de la touffe en y trouvant des conditions optimales pour leur développement. »
Ces boules abritent aussi un formidable microclimat, comme l’a mesuré Thierry Gauquelin en plein été : alors que « la température était à l’extérieur de 30°C ou 35°C, elle n’était plus que de 20°C à l’intérieur de la touffe et l’humidité y restait beaucoup plus importante. On a effectivement une sorte de microclimat qui affranchit un petit peu la plante du climat général. » Et c’est aussi utile pendant les hivers rigoureux à 2 500 mètres d’altitude.
Cette architecture sphérique est le fruit de millions d’années d’évolution, au Maroc mais aussi dans les Alpes ou même en Alaska. À des milliers de kilomètres, des plantes ont trouvé la même stratégie. Depuis, elles n’ont jamais perdu la boule.
La question de la semaine
« Les plantes et les animaux ont-ils plus de valeur que les Hommes ? »
Certainement : une majorité de Britanniques a voté pour la disparition des personnages historiques pour illustrer les billets de banque, au profit de la faune et la flore locales. Shocking ! Des députés conservateurs s’émeuvent : Churchill pourrait être remplacé par un blaireau ! En Syrie, les portraits de la dynastie Assad ont déjà disparu des nouveaux billets. Pour être remplacés par des oranges, des roses ou des oliviers. Le nouveau président Ahmed al-Charaa parle d’une « rupture avec la vénération des individus ». Les oranges sanguines n’ont pas de sang sur les mains. Et même affichée sur des billets, la biodiversité n’a pas de prix.
À écouter dans 8 milliards de voisinsFace aux sécheresses et aux inondations, peut-on cultiver la pluie ?