Depuis l’arrivée du sergent-chef Mathias Éric Sarr en 2020, l’arrondissement de Fimela, voire une bonne partie du département de Fatick, a renoué avec la verdure. Chef de brigade des eaux et forêts de Fimela et, par ailleurs, responsable de la pépinière régionale de Fatick, l’originaire du village de Bicol, dans la commune de Diarrere (Fatick), a instauré une discipline écologique. Aujourd’hui, grâce à sa rigueur infaillible, M. Sarr a redonné à la merveilleuse réserve de biosphère de Samba Dia son lustre d’antan. Mieux, il a fini par obtenir des résultats élogieux au grand bénéfice des populations.
FATICK – La rigueur et la détermination du sergent-chef Mathias Éric Sarr résonnent jusque dans les villages les plus reculés de l’arrondissement de Fimela et, plus largement, de la région de Fatick. Toujours en tenue de travail, le chef de brigade des eaux et forêts de Fimela a fini par marquer les esprits.
Travailleur rompu à la tâche, bosseur infatigable, grand protecteur de l’environnement : des qualificatifs loin d’être suffisants pour définir l’homme. À 41 ans, M. Sarr est devenu une source d’inspiration en matière de protection de la nature.
Depuis quelques années, il mène une lutte acharnée pour la sauvegarde de la réserve de biosphère de Samba Dia, un bijou écologique unique fort de milliers de rôniers qui semblent toucher le ciel.
Corpulence équilibrée, le béret méticuleusement posé sur la tête, le sergent-chef dégage une bonne humeur qui fait de lui une personne simple, dotée d’une grande gaieté de cœur.
Originaire du village de Bicol, dans la commune de Diarrere (Fatick), il est considéré comme une chance pour la zone de Fimela, où l’environnement joue un rôle primordial dans la vie des populations.
Formé à l’École des eaux et forêts de Ziguinchor, il en est sorti en 2010 après trois ans de formation pour aller au contact du terrain. Mais ce n’est qu’une décennie plus tard que Fimela a accueilli l’enfant de Bicol, né à Thiès en 1985.
Ainsi, juste après son affectation dans la localité en février 2020, Mathias pose les jalons d’un environnement mieux préservé en imposant une rigueur sans faille dans sa gestion.
Des félicitations solennelles
« Dès mon arrivée, j’ai rencontré les responsables de l’Union pour la biosphère, l’environnement et le pastoralisme de Fimela (Ubep). Puis, j’ai sensibilisé tous les villages voisins sur les mesures que je devais mettre en place pour une protection accrue du milieu », se rappelle-t-il avec fierté, avec un débit de parole très rapide.
Une fois à Fimela, il redéfinit le rapport des populations à l’environnement, notamment à la réserve de biosphère de Samba Dia. Une mission loin d’être facile, certes, mais qu’il a réussie avec brio.
Aujourd’hui, ce milieu naturel unique a retrouvé toute sa vitalité grâce à l’infatigable Mathias Éric. Jovial mais très tenace, le chef de brigade agit inlassablement pour le bien de la nature, ce qui lui a valu des éloges de la part des autorités locales.
Après avoir arrosé les arbres plantés dans certaines artères de Fimela, Mathias regagne l’ombre fraîche des anacardiers, dans la cour de son domicile. Assis sur sa chaise, il consulte un lot de documents.
Ce ne sont pas de simples papiers, mais bien des lettres de félicitations solennelles émanant des autorités de l’arrondissement. Dans sa main, il y a quatre copies, toutes attestant du bon service rendu par ce père de deux enfants.
Avec beaucoup de vivacité et d’assurance, le sergent-chef insiste sur la première lettre. D’après lui, celle-ci a été écrite par le président de l’Union pour la biosphère, l’environnement et le pastoralisme (Ubep), entité regroupant tous les villages de la commune de Fimela.
La deuxième émane de l’ensemble des maires de la zone. La troisième provient du chef du village de Diofior, qui a même souhaité que le sergent-chef reste à Fimela jusqu’à sa retraite.
La quatrième et dernière lettre a été rédigée par le maire de Fimela en personne, Karim Sène.
À travers ces félicitations officielles, on comprend les témoignages appuyés de plusieurs habitants de la localité : « Pas de mots pour qualifier Mathias. S’il n’était pas là, notre environnement en pâtirait sans doute. Il a complètement, et de la plus belle des manières, redonné un souffle nouveau à ce milieu naturel », confient plusieurs personnes rencontrées.
Ces témoignages sont d’autant plus crédibles que Mathias a réussi la prouesse de régénérer la réserve de biosphère de Samba Dia qui, avant son arrivée, avait presque perdu son potentiel végétal.
Les charretiers et les propriétaires d’animaux peuvent lui en être reconnaissants. Sous son action, M. Sarr a permis à ces derniers de se ravitailler en herbe pour leur bétail, notamment en herbe sèche recherchée durant les mois de mai et juin. Celle-ci est vendue à 1.000 Fcfa la charrette.
Cependant, à son arrivée en 2020, il n’y avait presque pas d’herbe dans la biosphère, en raison d’une mauvaise gestion. Depuis lors, elle est redevenue abondante.
« En 2021, nous avons enregistré 350 charrettes d’herbe. En 2022, le nombre est passé à 400, puis à 753 en 2023. En 2024 comme en 2025, nous étions à 500 charrettes. Cette année, nous nous attendons à 1.000 charrettes, car l’herbe est très abondante », renseigne-t-il.
Bilan élogieux
Un micro-trottoir suffit pour en savoir plus sur les réalisations de Mathias et de son équipe. « Ce qu’il a fait ici depuis son arrivée est fantastique. Grâce à lui, certaines de nos forêts se sont davantage régénérées », témoigne Souleymane Diouf, un homme d’une soixantaine d’années.
Son témoignage est corroboré par les propos du sergent-chef lui-même. Selon lui, ses activités de reboisement ont concerné presque tout le périmètre communal de Fimela, et même au-delà.
Ainsi, M. Sarr indique qu’au moins 200 hectares sont reboisés chaque année à Fimela. « Nous avons planté partout. Bientôt, il n’y aura plus d’espace disponible pour le reboisement », fait-il savoir.
Le quadragénaire affirme également avoir reboisé, par le passé, une soixantaine d’écoles primaires dans l’arrondissement. Aujourd’hui, ces arbres, notamment des manguiers, produisent des fruits.
Bien qu’il soit d’un commerce facile, Mathias reste un homme ferme dans sa vision de l’environnement. Aujourd’hui, la lutte contre les coupes abusives de bois n’est plus à l’ordre du jour. Dans son métier, c’est un homme rigoureux, une attitude qui explique en partie ses réussites.
Au-delà de Fimela, le responsable de la pépinière régionale de Fatick a œuvré dans plusieurs autres localités. Plusieurs hectares ont ainsi été reboisés dans la commune de Loul Sessene, sans compter les villages de Diouroup, Ndiongolor et Fayil (commune de Diouroup), où même des mares ont été reboisées.
En bon visionnaire, Mathias a su développer la pépinière régionale placée sous sa responsabilité. À ce jour, plus de 50.000 plants y sont disponibles.
Toutefois, son objectif reste encore ambitieux : « Nous envisageons d’atteindre plus de 150.000 plants, dont 50.000 fruitiers », déclare-t-il.
Cependant, ce programme nécessite des moyens financiers. Comme il le rappelle, « une pépinière a besoin d’un budget pour fonctionner ».
Le manque de ressources et de matériel ralentit considérablement son travail. Par exemple, il ne dispose ni de véhicule ni de tricycle pour les déplacements liés à la collecte de terreau. Pourtant, des personnes viennent de tout le pays pour se procurer des plants.
Elhadj Fode SARR (correspondant)