Le Maroc affiche des indicateurs hydriques parmi les plus élevés du continent, avec 95 % des zones couvertes par un réseau d’eau courante, 88 % des ménages disposant d’un accès direct à l’eau à domicile, 82 % des zones équipées de systèmes d’assainissement et 94 % des habitants bénéficiant de toilettes au sein du logement, alors que les pénuries fréquentes ne concernent que 3 % de la population, contre 25 % en moyenne en Afrique où 57 % des ménages déclarent avoir manqué d’eau au moins une fois au cours de l’année écoulée.

Dans un continent confronté à des déséquilibres structurels persistants en matière d’accès aux services essentiels, la question de l’eau potable et de l’assainissement s’impose comme l’un des révélateurs les plus nets des inégalités de développement. L’enquête Afrobarometer, fondée sur 50 961 entretiens réalisés dans trente-huit pays africains, dresse un tableau d’une précision remarquable, articulant données quantitatives et perceptions citoyennes pour restituer l’ampleur des défis. Dans cet ensemble hétérogène, le Maroc apparaît comme une exception notable, ses indicateurs le situant très nettement au-dessus des standards continentaux, tant en matière d’infrastructures que d’accès effectif des ménages.

L’étude souligne d’emblée l’ampleur du déficit africain, affirmant que «plus de 400 millions d’Africains ne disposent toujours pas d’un accès à une eau potable sûre, et plus de 700 millions vivent sans services d’assainissement de base». Cette réalité, qui renvoie à des conditions de vie particulièrement précaires pour une large part de la population, s’explique par une combinaison de facteurs structurels. Le document insiste sur «la croissance rapide de la population, des infrastructures inadéquates ou vieillissantes, des cadres de gouvernance fragiles et un manque de financement», tout en soulignant le rôle aggravant des évolutions climatiques : «Le changement climatique a modifié les régimes de précipitations, intensifié les sécheresses et accru la pression sur des systèmes déjà fragiles».

Dans ce contexte, la question de l’eau s’impose comme une priorité politique majeure. Les résultats indiquent que «l’approvisionnement en eau se classe au troisième rang des problèmes les plus importants que les citoyens souhaitent voir traités par leur gouvernement», cité par 23 % des répondants, derrière la santé et le chômage. Cette hiérarchisation traduit une pression sociale forte, particulièrement marquée dans les zones rurales et parmi les populations en situation de précarité. Le rapport précise en effet que «les habitants des zones rurales et les populations pauvres subissent des désavantages majeurs sur tous les indicateurs d’accès à l’eau potable et à l’assainissement», ce qui accentue les écarts territoriaux et sociaux.

Les difficultés d’accès se traduisent concrètement par des pénuries fréquentes. À l’échelle des trente-huit pays étudiés, «plus de la moitié (57 %) des Africains déclarent que leur ménage a manqué d’eau potable au cours de l’année précédente», dont «25 % qui indiquent que cela s’est produit “de nombreuses fois” ou “toujours”». Ces chiffres témoignent d’une instabilité chronique de l’approvisionnement, avec des conséquences directes sur la santé, l’hygiène et les conditions de vie.

Des infrastructures hydrauliques marocaines à un niveau de couverture exceptionnel

Au regard de ces constats, les indicateurs marocains apparaissent avec une netteté particulière. Le pays se distingue d’abord par l’étendue de ses infrastructures d’eau courante. L’étude relève que «les équipes de terrain ont constaté que 52 % des zones d’énumération disposaient d’un système d’eau courante accessible à la plupart des ménages», mais précise immédiatement que «ce taux dépasse neuf zones sur dix au Maroc (95 %)». Ce niveau de couverture place le pays parmi les plus avancés du continent, très loin devant la moyenne africaine.

Dans plusieurs États, ce taux demeure extrêmement faible, parfois inférieur à 20 %, ce qui souligne par contraste l’ampleur de l’écart. Cette densité du réseau hydraulique marocain traduit une capacité à déployer des infrastructures sur l’ensemble du territoire, réduisant les disparités d’accès entre zones urbaines et rurales.

Cette avance structurelle se reflète directement dans les conditions d’accès des ménages. Le rapport indique que «seulement un répondant sur quatre (25 %) dispose de sa principale source d’eau à l’intérieur de son domicile» à l’échelle continentale. En revanche, le Maroc figure parmi les pays où cette situation est largement majoritaire. Le document précise que «l’eau à l’intérieur du domicile constitue la norme dans cinq pays : Maurice (93 %), le Maroc (88 %), la Tunisie (87 %), les Seychelles (79 %) et le Cabo Verde (77 %)». Ce chiffre de 88 % illustre un niveau d’intégration des services hydrauliques dans l’espace domestique particulièrement élevé.

Dans de nombreux pays, près de la moitié des ménages doivent encore se rendre à l’extérieur de leur concession pour accéder à l’eau. L’étude souligne que «près de la moitié (48 %) des répondants indiquent que leur principale source d’eau se situe en dehors de leur concession», ce qui implique des contraintes quotidiennes importantes, notamment pour les femmes et les enfants. Le contraste avec la situation marocaine apparaît ici de manière particulièrement marquée.

Par ailleurs, la fréquence des pénuries constitue un autre indicateur clé de la performance des systèmes d’approvisionnement. À l’échelle continentale, les pénuries fréquentes sont largement répandues. Le rapport précise que «les pénuries fréquentes sont particulièrement courantes en Guinée (46 %) et en Angola (40 %), ainsi qu’au Gabon (52 %)». À l’inverse, le Maroc se distingue par une stabilité notable, l’étude indiquant que «les pénuries fréquentes sont rares au Maroc (3 %)». Ce niveau extrêmement bas souligne la fiabilité relative du système d’approvisionnement.

Une avance déterminante dans l’assainissement et les services sanitaires

Au-delà de l’accès à l’eau, la question de l’assainissement constitue un autre indicateur déterminant des conditions de vie. À l’échelle des trente-huit pays étudiés, la situation demeure largement déficitaire. L’étude indique que «les systèmes d’égouts ne sont présents que dans un quart (25 %) des zones d’énumération», avec des écarts considérables selon les pays.

Le Maroc se situe à un niveau nettement supérieur, avec un taux de 82 %. Le rapport souligne explicitement que «les systèmes d’assainissement varient considérablement, allant de seulement 2 % des zones en Mauritanie et en Gambie à 82 % au Maroc». Cet écart de plus de cinquante points avec la moyenne continentale illustre une avance structurelle particulièrement marquée.

Cette supériorité se retrouve également dans l’accès aux installations sanitaires au sein des logements. À l’échelle continentale, «un tiers (34 %) des répondants disposent de toilettes à l’intérieur de leur domicile», tandis que 8 % n’y ont aucun accès. Le Maroc figure parmi les pays les plus avancés sur ce plan. Le rapport précise que «au moins neuf répondants sur dix disposent de toilettes à l’intérieur du domicile dans cinq pays, dont le Maroc (94 %)». Ce niveau d’équipement traduit une diffusion très large des infrastructures sanitaires.

Dans plusieurs pays, en revanche, une proportion importante de la population dépend encore d’installations situées à l’extérieur de la concession, voire ne dispose d’aucune solution. Le document souligne que «un répondant sur cinq (20 %) utilise des toilettes ou latrines situées en dehors de leur concession, et 8 % n’ont aucun accès». Ces conditions d’insalubrité constituent un facteur aggravant des risques sanitaires.

L’étude met également en évidence les disparités liées au niveau de vie. Elle indique que «les citoyens les plus aisés sont plus de deux fois plus susceptibles que les plus pauvres d’avoir accès à l’eau courante (77 % contre 34 %)», tandis que les populations les plus précaires sont davantage dépendantes de sources alternatives, souvent moins sûres. Dans ce contexte, la performance marocaine apparaît d’autant plus notable qu’elle traduit une diffusion relativement large des services.

Enfin, les perceptions citoyennes confirment ces écarts. À l’échelle continentale, «seulement 39 % des citoyens accordent une évaluation positive à leur gouvernement en matière de fourniture d’eau et d’assainissement», tandis que 60 % expriment une insatisfaction. Le Maroc figure parmi les pays où l’évaluation est majoritairement positive, ce qui reflète une reconnaissance des résultats obtenus.

Au-delà des infrastructures, l’étude souligne également les effets des transformations climatiques sur les comportements. Elle indique que «un tiers des Africains (34 %) déclarent avoir dû réduire leur consommation d’eau ou changer de source au cours des cinq dernières années en raison des changements climatiques». Cette adaptation contrainte illustre la vulnérabilité persistante des systèmes hydrauliques sur une grande partie du continent.

L’ensemble de ces données dessine un contraste particulièrement marqué entre une majorité de pays confrontés à des déficits structurels et un groupe restreint d’États affichant des niveaux d’équipement élevés. Le Maroc s’inscrit clairement dans cette seconde catégorie, ses indicateurs – 95 % de couverture en eau courante, 88 % d’accès domestique à l’eau, 82 % de couverture en assainissement, 94 % d’accès à des toilettes au domicile et seulement 3 % de pénuries fréquentes – traduisant une avance significative à l’échelle continentale.

Cette configuration met en évidence le rôle déterminant des politiques d’infrastructure et de gestion des ressources hydriques dans l’amélioration des conditions de vie, tout en soulignant l’ampleur des défis qui demeurent pour une grande partie du continent africain, où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste, pour des centaines de millions de personnes, une réalité encore incertaine.