La Banque mondiale a approuvé, le 18 mars dernier, un financement de 135 millions USD (environ 116,8 millions d’euros) en faveur du Sénégal, destiné à renforcer le système sanitaire du pays et à améliorer l’accès aux soins pour les populations vulnérables, en particulier les femmes, les enfants et les adolescents. Ce financement entre dans le cadre du programme NAATANGUE 2030, qui vise à accompagner la transformation du système de santé sénégalais vers un modèle plus équitable, résilient et orienté vers les résultats.

L’enveloppe comprend un crédit de 100 millions USD (environ 86,5 millions d’euros) de l’Association internationale de développement (IDA), complété par 20 millions USD (environ 17,3 millions d’euros) de dons du Mécanisme de financement mondial (GFF) et de 15 millions USD (environ 13 millions d’euros) du Fonds fiduciaire pour la transformation et la résilience des systèmes de santé (HSTRF).

Des progrès réels, mais des inégalités persistantes

Le Sénégal a enregistré des avancées significatives ces dernières années, notamment en matière de santé maternelle et infantile, de vaccination et de lutte contre les maladies transmissibles. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de mortalité maternelle est passé de 392 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2015 à 153 en 2023. Le taux de mortalité infantile s’établit, quant à lui, à 30 décès pour 1 000 naissances vivantes.

Parallèlement, environ 68% des femmes effectuent au moins quatre visites prénatales, tandis que 75% des accouchements sont assistés par du personnel de santé qualifié, traduisant une amélioration progressive de l’accès aux services essentiels.

Ces progrès restent toutefois inégalement répartis. L’accès à des soins de qualité varie fortement entre zones urbaines et rurales, les régions les plus éloignées continuant de souffrir d’un déficit en infrastructures, en équipements et en ressources humaines. Les populations vulnérables demeurent également exposées à des coûts de santé élevés, dans un contexte de couverture encore insuffisante des mécanismes d’assurance maladie.

Un programme axé sur l’accès, la résilience et la performance

Le programme prévoit notamment d’élargir l’accès à des soins obstétricaux et néonatals d’urgence de qualité, tout en renforçant le dépistage et la continuité des soins pour les femmes et les enfants. Il inclut également un volet dédié à l’extension de la couverture d’assurance santé, afin de réduire le poids des dépenses médicales sur les ménages les plus vulnérables.

Au-delà des services directs, NAATANGUE 2030 entend agir sur les fondements du système de santé. Cela passe par l’amélioration de la disponibilité des médicaments essentiels, le déploiement de personnels de santé dans les zones mal desservies, ainsi que le renforcement des systèmes d’information sanitaire et de l’utilisation des données. Le programme intègre aussi une dimension de résilience, avec la mise en place de mécanismes régionaux d’alerte précoce face aux chocs sanitaires et environnementaux.

« NAATANGUE 2030 reflète notre engagement commun avec le gouvernement sénégalais à préserver les populations cibles de la précarité et à garantir que chaque femme, enfant et adolescent puisse accéder à des services de santé de qualité », a déclaré Djibrilla Issa, directeur de division pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest à la Banque mondiale.

L’un des axes centraux du programme repose sur une approche de financement axée sur les résultats, associée à des réformes ciblées. L’objectif est d’améliorer durablement la qualité des services, tout en renforçant l’équité et la soutenabilité du système. Ce type d’instrument, de plus en plus utilisé par les bailleurs internationaux, vise à conditionner les décaissements à l’atteinte d’indicateurs précis, afin de garantir l’efficacité des politiques publiques et l’impact des investissements.

Ce financement survient dans un contexte où le Sénégal cherche à consolider les acquis de ses politiques sanitaires, notamment en matière de couverture maladie universelle, tout en faisant face à des défis persistants liés à l’inégale répartition des infrastructures et des ressources humaines de santé. Quelques jours plus tôt, le pays avait annoncé un nouveau partenariat à 135 millions USD avec les USA pour renforcer le système sanitaire, notamment dans le développement des laboratoires, la surveillance épidémiologique, la formation et le renforcement des ressources humaines, ainsi que la transformation numérique.

L’accord implique un co-financement, Dakar devant mobiliser 72 millions USD (environ 62,2 millions d’euros), soit environ 53 % de l’enveloppe totale, tandis que Washington apportera 63 millions USD (environ 54,5 millions d’euros).