Les années passent et la dynamique de la transformation d’anacarde se confirme en Afrique de l’Ouest. Selon le dernier bulletin publié le mardi 3 février par le service indépendant de conseil commercial N’kalô, la région a traité 732 500 tonnes de noix de cajou brutes durant l’année écoulée, soit 51 % de plus qu’en 2024 (483 500 tonnes) et la 5e année consécutive de hausse.

Ce volume établit un nouveau record pour la région qui, au-delà de son statut de premier bassin mondial de production de noix de cajou brutes, cherche désormais à capter une part croissante de la valeur ajoutée issue de l’industrialisation de la filière. Au total, depuis 2020, les stocks transformés ont presque quadruplé en partant d’un niveau de 186 500 tonnes.

La Côte d’Ivoire en tête, le Bénin et le Nigeria au coude-à-coude

Cette performance confirme l’émergence de la région comme un pôle majeur de transformation, mais le chiffre régional masque des contributions nuancées. En effet, la Côte d’Ivoire reste de loin le moteur de cette évolution.

En 2025, l’industrie ivoirienne a transformé environ 600 000 tonnes de noix de cajou, soit une hausse de 67 % en un an et plus de 80% du stock régional. De bons résultats qui viennent conforter le soutien déployé par les pouvoirs publics en faveur des industriels.

Ceux-ci bénéficient notamment d’une prime à l’exportation de 400 FCFA (environ 0,71 dollar) par kilogramme d’amandes expédiées, à laquelle s’ajoutent diverses mesures incitatives, comme l’exonération des droits de douane et de la TVA sur les équipements industriels ainsi que sur les pièces de rechange importées pour leurs activités. Ces mesures ont conduit à des investissements massifs d’acteurs locaux et étrangers dans de nouvelles usines.

Derrière la Côte d’Ivoire, N’kalô indique que le Bénin a doublé ses volumes transformés à 50 000 tonnes durant l’année écoulée. Le pays qui, en 2020, n’a traité que 13 000 tonnes a fait un choix politique très affirmé : l’interdiction de l’exportation de noix brute à partir d’avril 2024, afin de réserver la matière première à la transformation locale et développer la transformation au niveau de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), à 45 km de Cotonou.

Au Nigeria, les volumes transformés ont reculé de 17%, pour s’établir, comme au Bénin, à 50 000 tonnes, marquant une troisième année consécutive de baisse. Au-delà de ce trio, le Ghana a enregistré une hausse de 7% de ses volumes à 15 000 tonnes pendant que le Burkina Faso affichait un recul marqué de 33% à 10 000 tonnes.

Quelles perspectives pour 2026 ?

Malgré les avancées enregistrées ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest demeure encore loin derrière les grands acteurs mondiaux de la transformation de l’anacarde, au premier rang desquels figure le Vietnam. À lui seul, le pays asiatique a transformé environ 3,1 millions de tonnes de noix de cajou, soit plus de quatre fois le volume traité par l’ensemble des pays ouest-africains. Un écart qui souligne l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir pour que la région consolide durablement sa montée en gamme.

Globalement, la disponibilité de la matière première devrait rester un défi en 2026. La contrebande transfrontalière de noix brutes continue de peser sur l’approvisionnement des unités locales, réduisant leur taux d’utilisation des capacités et fragilisant leur rentabilité. En Côte d’Ivoire, l’année 2026 s’annonce délicate pour le secteur, notamment avec la fin programmée de certains mécanismes de subvention selon plusieurs sources industrielles. Si cette évolution vise à assainir le marché et à renforcer sa compétitivité à long terme, elle pourrait, dans l’intervalle, mettre sous pression les petits et moyens transformateurs, moins armés financièrement pour absorber la hausse des coûts.