Réunies lors de la deuxième édition des «Souveraines», organisée par Women in Business, entrepreneures, partenaires et institutions ont mis en lumière une même évidence. C’est qu’au Maroc, l’essor de l’entrepreneuriat féminin ne se heurte pas uniquement au financement, mais à un ensemble de freins structurels, du manque de réseau à la fracture numérique.
Elles parlent de commerce, de gestion, de fidélisation, d’ascension ou encore de marchés à conquérir. Mais, très vite, derrière le vocabulaire de l’entreprise, affleure une autre réalité, plus intime : le temps, l’équilibre à trouver entre vie personnelle et professionnelle, les doutes à contenir, l’isolement à briser…
Lors de la deuxième édition des «Souveraines», organisée par Women in Business, les femmes entrepreneures venues raconter leur parcours n’ont pas seulement exposé des réussites. Elles ont donné un visage à cette économie discrète, tenace, souvent entravée, qui avance à force d’endurance. Un constat s’est imposé lors de cette rencontre : l’entrepreneuriat féminin n’est plus une thématique périphérique, cantonnée au registre de l’inclusion ou du volontarisme social. Il s’affirme comme un sujet économique central. Encore faut-il regarder lucidement les conditions dans lesquelles les femmes entreprennent.
Souvent dans des structures fragiles, à petite échelle, avec un accès limité aux marchés, au numérique, au réseau et aux outils de structuration. D’après les données présentées par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), au Maroc, l’entrepreneuriat féminin représenterait un chiffre d’affaires cumulé de 273 milliards de dirhams, soit environ 20% du PIB national.
Une approche intégrée
Le pays compterait 5,4 millions de femmes entrepreneures dans l’informel et 191.000 dans le formel. 98% des entrepreneures disent vouloir développer leur activité, 65% emploient en moyenne 3,2 personnes, et une entrepreneure sur deux vend en ligne. Ces chiffres reflètent aussi bien une vitalité qu’un paradoxe. Bien que la force entrepreneuriale demeure, des freins sont identifiés. Il s’agit, notamment, de la charge mentale, des besoins de formation, de la fracture numérique, sans oublier le grand écart de revenus entre les activités informelles et formelles, les premières générant un chiffre d’affaires 5 fois inférieur à celui des secondes.
C’est précisément cette réalité qu’est venu rappeler Omar Naimi, directeur marketing et développement à la Fondation Arrawaj pour la finance inclusive. «L’obstacle du financement reste un défi, certes, mais ce n’est pas le seul. Entreprendre ne consiste pas seulement à obtenir un crédit, c’est parvenir à tenir ensemble des exigences souvent contradictoires, dans un environnement qui ne fournit pas toujours les appuis nécessaires», insiste-t-il.
De ce constat découle une redéfinition de l’accompagnement. La Fondation Arrawaj a d’ailleurs progressivement élargi son offre pour ne plus se limiter au financement pur. Deux piliers essentiels y ont été intégrés : la digitalisation et la formalisation. Ainsi, des offres packagées, pensées comme une réponse globale aux besoins des femmes entrepreneures, sont proposées.
La BERD inscrit d’ailleurs son propre programme Women in Business dans cette même approche intégrée. Celui-ci s’adresse à des entreprises enregistrées au Maroc, ayant au moins deux ans d’existence, une majorité de propriété locale, un chiffre d’affaires minimum de 1 MDH, et dirigées par une femme. Le soutien proposé ne se borne pas au seul financement, il couvre aussi la structuration financière, le marketing, les technologies de l’information, les opérations, la stratégie, la gestion de la qualité ou encore la durabilité environnementale.
Une lecture réductrice
Ce qui s’est joué lors de cette deuxième édition des «Souveraines» dépasse le cadre d’une rencontre professionnelle de plus. Entre les témoignages de femmes entrepreneures et les échanges avec les partenaires de l’écosystème, c’est une réalité plus large qui s’est laissée entrevoir, celle d’un entrepreneuriat féminin énergique et qui prend de l’ampleur, mais qui est encore insuffisamment soutenu dans toutes ses dimensions. Longtemps, la réponse institutionnelle a eu tendance à réduire la question à l’accès au crédit. Or les discussions ont montré combien cette lecture était limitée.
En effet, ce qui freine une entrepreneure n’est pas seulement l’absence de financement. C’est aussi l’absence de temps, de relais, de visibilité, de maîtrise numérique, de contacts commerciaux, parfois même de reconnaissance. C’est l’impossibilité de passer de l’activité à l’entreprise, puis de l’entreprise à la croissance.
Les «Souveraines» auront ainsi eu le mérite de déplacer le regard. Non plus considérer les femmes entrepreneures comme un public à aider à la marge, mais comme un acteur économique à part entière, dont le développement engage une part du devenir productif du pays. Pour entreprendre durablement, il faut certes des financements, mais il faut aussi des outils, du réseau, du conseil, du marché, et cette chose plus difficile à bâtir qu’un dispositif, un environnement réellement favorable.
Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO
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