Au Kenya, Safaricom, filiale à 39,9% du groupe britannique Vodafone et acteur dominant des télécommunications, et surtout du mobile money, prévoit d’étendre la protection des données de ses utilisateurs aux virements bancaires et aux paiements marchands. Une évolution qui marque une nouvelle étape dans la transformation de M-Pesa en une infrastructure financière de premier plan. « Plus tard dans l’année, nous travaillerons avec les banques pour nous assurer que ces données sont également masquées, car nous ne pouvons pas le faire dans un domaine et en omettre un autre », a déclaré Esther Waititu, directrice des services financiers de l’opérateur, selon des propos rapportés par plusieurs médias.

Concrètement, il s’agit de généraliser le masquage des numéros de téléphone, déjà mis en place pour les transferts entre particuliers, à l’ensemble des usages financiers. Cette orientation a reçu le feu vert de la Banque centrale du Kenya (CBK), qui cherche à renforcer la protection des utilisateurs dans un écosystème où le mobile money s’est imposé comme un pilier des paiements du quotidien. Jusqu’ici, la visibilité des numéros facilitait des pratiques de marketing non sollicité, mais aussi des fraudes plus sophistiquées, notamment via de faux terminaux de paiement permettant de capter des codes confidentiels.

Une fraude massive dans un secteur devenu systémique

Au Kenya, les fraudes liées au mobile money constituent un sujet de préoccupation majeur pour les autorités et les opérateurs. Selon des données publiées en 2025 par l’Association des banquiers du Kenya (KBA), le mobile banking constitue le principal canal de fraude en 2024, avec environ 6,5 millions d’euros exposés et 5,4 millions d’euros effectivement perdus, soit un taux de perte de 82,6%, parmi les plus élevés, tous canaux confondus. Ces niveaux illustrent la vulnérabilité persistante d’un secteur en expansion continue, mais aussi les enjeux de sécurisation pour Safaricom, dont le rôle dépasse désormais celui d’un simple opérateur télécoms. L’entreprise est devenue un maillon central de la circulation monétaire au Kenya, y compris pour les flux liés au tourisme et aux services.

Sur la période de six mois allant d’avril à septembre 2025, la valeur globale des transactions, toutes catégories confondues, du service M-Pesa de l’entreprise a atteint l’équivalent de 134,7 milliards d’euros. Dans le même temps, le service continue de renforcer son poids dans les revenus du groupe, représentant désormais 45,4% de son chiffre d’affaires. Sur cette période, les services de transfert d’argent ont généré environ 587 millions d’euros de revenus. Le développement de cet écosystème s’accompagne d’une forte diffusion des usages. Selon les données du secteur, le Kenya comptait 85,4 millions de comptes de mobile money à fin janvier 2026, un niveau qui reflète la profondeur de pénétration de ces services dans l’économie.

Le déploiement du masquage des données débutera le 24 mars pour les transactions de personne à personne. Son extension aux paiements marchands et aux services financiers interconnectés avec les banques est attendue d’ici fin 2026, ce qui traduit une convergence progressive entre mobile money et les standards bancaires.