Dans un contexte de raréfaction des financements extérieurs et de pression accrue sur les ressources internes, la Tunisie se trouve à un moment charnière de son développement économique.
L’inclusion financière, encore limitée, constitue un frein majeur à la mobilisation de l’épargne nationale et à la dynamisation de l’investissement. Pourtant, l’essor des technologies numériques ouvre une fenêtre d’opportunité sans précédent pour accélérer l’accès aux services financiers et transformer les circuits économiques.
En s’appuyant sur la diffusion massive du mobile et sur l’émergence des fintechs, le pays peut envisager un saut qualitatif vers une finance plus accessible, plus transparente et plus efficace.
C’est dans ce contexte qu’une note intitulée « Tunisie Digitale 2030 : vers une inclusion financière universelle » et publiée par l’Association des Économistes Tunisiens, révèle que ce virage stratégique dépasse la simple modernisation technique : il s’agit d’un levier de transformation économique et sociale susceptible de redéfinir les équilibres de croissance.
Le mobile money, un levier éprouvé en Afrique
L’expérience africaine montre que la digitalisation peut accélérer l’inclusion financière de manière spectaculaire. L’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui plus de 1,1 milliard de comptes de mobile money, pour un volume de transactions dépassant 1 700 milliards de dollars en 2024. Ces services ont permis d’intégrer des millions de personnes au système financier, sans passer par les infrastructures bancaires classiques.
Le succès repose sur des usages simples et accessibles : transferts d’argent, paiement de factures, achats ou épargne. Au-delà de l’aspect technologique, ces solutions créent un véritable filet de sécurité économique, facilitant l’entraide entre ménages en cas de choc de revenu et réduisant la vulnérabilité sociale.
Les effets macroéconomiques sont également significatifs. Dans les pays où le mobile money est largement adopté, l’impact peut atteindre plusieurs points de PIB, à condition que les usages soient suffisamment diffus et intégrés dans la vie économique quotidienne.
Une transition encore lente mais engagée
En Tunisie, la digitalisation financière progresse, mais reste à un stade embryonnaire. En 2024, le pays comptait 368 595 portefeuilles mobiles actifs, pour 5,1 millions de transactions représentant 1,394 milliard de dinars, en hausse de 21,4% sur un an. Parallèlement, les paiements électroniques dans leur ensemble ont atteint 27,9 milliards de dinars, en progression de 10,6 %.