Pendant plusieurs décennies, l’économie tunisienne s’est construite sur un socle relativement stable, articulé autour du textile, du tourisme de masse, de l’agriculture et de quelques industries exportatrices.

Ce modèle a permis au pays de s’intégrer efficacement aux chaînes de valeur européennes, notamment grâce à sa proximité géographique et à une main-d’œuvre compétitive. Mais aujourd’hui, ses limites apparaissent de manière de plus en plus évidente.

La montée des exigences technologiques, la pression sur les coûts, la concurrence internationale accrue et les mutations rapides de l’économie mondiale imposent une recomposition en profondeur. Trois dynamiques globales redessinent désormais les contours de la compétitivité : la transition énergétique, la numérisation accélérée de l’économie et la reconfiguration industrielle autour du nearshoring.

Dans ce nouveau paysage, la Tunisie dispose d’atouts réels. Encore faut-il qu’ils soient mobilisés dans des secteurs capables de générer une montée en gamme durable. Quelques industries se détachent aujourd’hui comme des leviers stratégiques à l’horizon 2030.

Hydrogène vert : une opportunité énergétique majeure

La transition énergétique européenne ouvre une fenêtre historique pour la Tunisie. Grâce à un ensoleillement exceptionnel dans le sud et à un potentiel éolien significatif sur les zones côtières, le pays peut se positionner comme un producteur compétitif d’hydrogène vert, considéré comme un vecteur clé de décarbonation de l’industrie lourde en Europe.

Les projections sont ambitieuses. La stratégie nationale évoque une capacité de production pouvant atteindre 8,3 millions de tonnes par an à l’horizon 2050, dont environ 6 millions destinées à l’export. Les investissements cumulés pourraient atteindre 40 milliards d’euros à long terme, avec des premiers projets industriels attendus avant 2030.

Dans un contexte où l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques auprès de partenaires proches, la Tunisie pourrait opérer un basculement stratégique majeur, passant du statut d’importateur d’énergie à celui d’exportateur clé.

Intelligence artificielle : un capital sous-exploité

La Tunisie dispose d’un avantage comparatif souvent sous-estimé : un vivier d’ingénieurs hautement qualifiés. Chaque année, près de 8 000 diplômés rejoignent le marché du travail, avec une forte spécialisation en informatique et en mathématiques appliquées.