Lors de sa conférence bimensuelle avec les représentants des médias, Julie Kozack, directrice du département de la communication du Fonds monétaire international (FMI), a rappelé que l’Afrique subsaharienne restera une région profondément hétérogène, avec des trajectoires économiques différenciées, face aux nouveaux chocs extérieurs auxquels l’ensemble des pays du monde est confronté. « Lorsqu’on regarde l’Afrique subsaharienne, on constate qu’il s’agit d’une région diversifiée. Bien qu’elle compte un certain nombre de pays à faible revenu, elle comprend aussi des pays exportateurs de matières premières et d’autres qui en sont importateurs. Ainsi, les impacts dépendront largement des circonstances propres à chaque pays », a fait savoir Mme Kozack.
En effet, l’intensification des tensions au Moyen-Orient, et plus particulièrement dans le golfe Persique, dessine une nouvelle ligne de fracture sur le continent africain. D’un côté, les pays importateurs nets d’énergie et de produits de base, à l’instar de la Tanzanie ou du Mozambique, font face à un alourdissement imminent de leurs factures d’importation. Selon une récente étude de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement), plusieurs de ces économies, notamment en Afrique de l’est, sont particulièrement exposées aux perturbations du marché mondial des engrais et des produits alimentaires. Pour ces pays, cela risque de peser lourdement sur leurs finances publiques, en raison de l’augmentation de la dette liée au commerce extérieur et de la pression sur leur stabilité monétaire si le nombre de mois de couverture des importations se dégrade.
Transformer la rente conjoncturelle en levier de croissance durable
Cette pression est liée à la situation dans le détroit d’Ormuz, point de passage de 20 % du pétrole mondial, dont le désengorgement pourrait prendre plusieurs mois, selon les analystes de la chaîne de télévision américaine CNN, ce qui maintiendrait des prix élevés de manière durable.
À l’inverse, cette conjoncture offre une opportunité immédiate aux grands exportateurs de matières premières du continent. Pour des nations comme le Nigéria, l’Angola, l’Algérie ou encore le Sénégal, un baril de pétrole dépassant 100 dollars ne représente pas seulement un gain financier, mais aussi un véritable outil de consolidation macroéconomique. Ces recettes supplémentaires en devises permettent de stabiliser les monnaies locales face à un dollar fort et de renforcer les réserves de change, tout en limitant le recours à un endettement extérieur devenu de plus en plus coûteux.
Le véritable enjeu pour les gouvernements africains réside désormais dans l’allocation stratégique de ces surplus financiers. L’expérience des cycles précédents démontre que la prospérité liée aux matières premières doit impérativement être orientée vers des investissements productifs afin de ne pas s’évaporer.
Parallèlement, la vigilance reste de mise concernant l’environnement financier global, marqué par un durcissement des conditions de crédit. Alors que S&P Global Ratings prévoyait encore récemment (mars 2026) une mobilisation de 155 milliards de dollars sur les marchés de capitaux pour l’Afrique en 2026, la hausse des taux d’intérêt rend ces financements moins disponibles et plus sélectifs. Les pays africains devront ainsi mieux examiner les « opportunités » de financement extérieur. Un autre risque identifié par des experts du FMI est celui de l’effet d’éviction du secteur privé créateur de richesse, si les États saturent leurs marchés locaux en émettant trop de dettes pour pallier l’absence de fonds internationaux.
Pour les investisseurs européens et internationaux, cette séquence confirme qu’une lecture pays par pays est indispensable pour comprendre l’ensemble des effets de la nouvelle crise dans la région des golfes arabo-persiques en Afrique, car les dynamiques économiques qui s’en suivront dans la région, dépendront, de la capacité de chaque État à arbitrer efficacement entre ses gains immédiats et ses trajectoires de développement à long terme. C’est dans ce contexte d’incertitude que se prépare le prochain sommet Afrique-France, prévu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, au Kenya, avec, en plus de la France co-organisatrice, l’Allemagne et l’Inde comme invités. La deuxième journée de cet événement sera consacrée aux questions de financement du développement et aux enjeux globaux.