La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, est attendue à Alger cette semaine, dans un contexte où Rome cherche à sécuriser des volumes supplémentaires de gaz après la perturbation des livraisons de GNL qatari. Le déplacement intervient alors que les discussions avec l’Algérie s’intensifient et que d’autres pistes sont activées, notamment avec les États-Unis et l’Azerbaïdjan.
Selon QatarEnergy, les frappes iraniennes ont affecté environ 17 % des capacités d’exportation de GNL du pays, entraînant des pertes estimées à 20 milliards de dollars par an. Les installations touchées nécessitent des réparations importantes, et la compagnie a déjà invoqué la force majeure sur certaines livraisons, notamment vers l’italien Edison qui importe l’équivalent de 6,4 milliards de mètres cubes par an, soit près de 10% de la consommation du pays.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité du GNL transporté par voie maritime. Les perspectives de reprise restent incertaines, avec un risque d’interruptions durables, notamment en raison des mécanismes contractuels en jeu.
L’Algérie, pilier du retour au gaz par gazoduc
Face à cette situation, l’Italie cherche notamment à renforcer ses approvisionnements par gazoduc. L’Algérie constitue déjà son principal partenaire dans ce segment, couvrant environ 30% de sa consommation via le gazoduc Transmed.
Les flux algériens vers l’Europe ont progressé de 22% en janvier 2026, en variation mensuelle, dans un contexte de hausse de la demande. L’Italie demeure le premier débouché de ce gaz, alors que l’Algérie représente environ 22% des importations européennes par pipeline.
Le groupe Eni a confirmé recevoir des volumes conformes à ses contrats actuels avec Sonatrach. Toutefois, Rome cherche à aller au-delà de ces engagements. Des discussions sont en cours pour augmenter les livraisons, alors que les contrats renégociés après 2022 approchent de leur échéance.
Selon des sources proches des négociations, Sonatrach privilégie pour l’instant la vente de volumes additionnels sur le marché spot, où les prix sont plus élevés. L’Italie n’a pas encore indiqué si elle accepterait cette condition, ce qui introduit une incertitude sur la capacité à sécuriser rapidement des volumes supplémentaires.
Diversification : des alternatives encore limitées
En parallèle, l’Italie discute avec d’autres fournisseurs, notamment les États-Unis et l’Azerbaïdjan, afin de compenser la baisse du GNL qatari. Ces options s’inscrivent dans une logique de diversification, mais ne présentent pas les mêmes caractéristiques que le gaz algérien.
Le GNL américain, acheminé par voie maritime, reste soumis aux tensions du marché international, les prix ayant été fortement affectés par les attaques au Qatar. L’Azerbaïdjan constitue, de son côté, une source complémentaire via gazoduc, avec des volumes plus limités.
Cette situation met en évidence un arbitrage entre des sources flexibles mais exposées à la volatilité, comme le GNL, et des approvisionnements par pipeline plus stables, mais dépendants de relations bilatérales et de capacités physiques.
Une concurrence européenne accrue pour le gaz algérien
L’Italie n’est pas seule à se tourner vers l’Algérie. L’Espagne et d’autres pays européens cherchent également à augmenter leurs importations, sur fond de tensions sur les marchés et de baisse des niveaux de stockage.
La visite de Giorgia Meloni à Alger s’inscrit à la fois dans une logique d’urgence et dans une stratégie de moyen terme. Elle intervient alors que l’Italie cherche à compenser la perturbation des livraisons de GNL qatari, sans recourir au gaz russe, conformément aux orientations européennes. De ce fait, l’Algérie apparaît comme un partenaire clé, dans un cadre de coopération énergétique appelé à se renforcer. Alger prévoit par ailleurs d’investir 60 milliards de dollars entre 2026 et 2030 pour augmenter sa production et consolider sa position sur le marché européen.
À plus long terme, l’enjeu pour Rome est de sécuriser des partenariats capables de résister aux chocs géopolitiques.