L’exploration pétrolière a-t-elle toujours un avenir en Afrique du Sud ? Alors que sur le terrain, l’opposition des organisations environnementales grandit, le gouvernement veut continuer d’y croire. En marge de la 5e Conférence annuelle sur le pétrole et le gaz d’Afrique australe qui s’est tenue à Cape Town du 16 au 17 mars derniers, les autorités ont tenu à rassurer les acteurs d’un secteur qui peine encore à émerger malgré un potentiel important.
D’après l’Agence du pétrole de l’Afrique du Sud (PASA), la nation arc-en-ciel disposerait d’un potentiel pétro-gazier estimé à 27 milliards de barils, ainsi que de 60 000 milliards de pieds cubes de ressources potentielles en pétrole et en gaz.
Des contestations d’ordre écologique et social
Pour Gwede Mantashe, le ministre des Ressources minérales et du Pétrole, les raisons du piétinement ne font aucun doute. « Le principal problème aujourd’hui, ce sont nos écologistes qui nous traînent devant les tribunaux », dénonce-t-il. « Nous avons le potentiel d’exploiter du pétrole, du gaz, mais pour chaque projet pétrolier et gazier, nous finissons devant les tribunaux. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’écologie et l’économie, en les intégrant ensemble. On n’arrête pas le développement en prétendant protéger l’écologie. Vous ne protégez pas l’écologie, vous l’entravez en bloquant le développement ».
Si le responsable reste virulent contre les organisations de protection de l’environnement, c’est parce que leur mobilisation a mis à mal plusieurs projets portés par des majors internationales et douché les espoirs du gouvernement qui misait sur les hydrocarbures pour renforcer la croissance de l’économie nationale. Selon les données de la Chambre africaine de l’énergie, depuis 2021, des actions engagées en justice par des ONG ont conduit à la suspension ou au report d’au moins cinq projets d’exploration pétrolière et gazière en Afrique du Sud, dont trois au large de la côte ouest et deux sur la côte est.
En août 2025, la Haute Cour du Cap occidental a ainsi annulé l’autorisation environnementale accordée à TotalEnergies pour le bloc 5/6/7, au large de la côte ouest du pays, considérant que l’étude d’impact « ne répond pas de manière adéquate » aux risques et aux exigences de participation citoyenne. En septembre 2022, la Haute Cour de Makhanda a confirmé l’interdiction faite à la major pétrolière anglo-néerlandaise Shell de mener des campagnes de prospection sismique au large de la Wild Coast, en annulant purement et simplement le droit d’exploration qui lui avait été accordé.
Cette décision a été saluée comme une victoire majeure par les communautés côtières et les organisations écologistes, qui dénonçaient les risques pour les réserves naturelles, les zones marines protégées et les moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux.
Une volonté publique intacte
Malgré ces revers, pour les autorités, l’heure est à accélération des réformes pour améliorer l’environnement des affaires. Sur le plan réglementaire, l’Upstream Petroleum Resources Development Act (UPRDA) a été adopté pour créer un cadre spécifique à l’exploration et à la production d’hydrocarbures, distinct du droit minier. Finalisés en avril 2025 et actuellement soumis à consultation, les textes d’application doivent clarifier les règles du jeu pour les investisseurs et simplifier les procédures, avec une promulgation attendue d’ici fin mars.
Parallèlement, l’Afrique du Sud s’est dotée en mai 2025 d’une compagnie pétrolière nationale consolidée, la South African National Petroleum Company (SANPC), issue de la fusion de PetroSA, iGas et du Strategic Fuel Fund. Cette entité doit jouer un rôle pivot dans la promotion des blocs, la participation aux projets et la coordination avec les partenaires privés. Mais si ces mesures vont dans le bon sens pour le secteur pétro-gazier sud-africain, les analystes estiment cependant qu’il en faudra plus pour raviver durablement l’intérêt des investisseurs, qui attendent avant tout une réelle visibilité réglementaire et des autorisations environnementales stables.
« Avec des processus rationalisés créant des conditions favorables aux investisseurs et des puits productifs juste de l’autre côté de la frontière maritime en Namibie, l’Afrique du Sud risque de perdre l’intérêt des principaux opérateurs pour les sites d’exploration proposés de son côté du bassin de l’Orange. Pour contrer cela, le gouvernement doit introduire une législation qui fixe des normes claires et applicables pour les EIE et les consultations communautaires. Un tel cadre garantirait que les préoccupations environnementales soient pleinement prises en compte lors du processus d’approbation et limiterait le nombre de recours susceptibles de tirer parti de toute faille juridique », préconisait en octobre 2025 NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie.