En Tanzanie, l’industrie textile pourrait entrer dans une nouvelle ère sous l’impulsion de capitaux chinois. C’est en tout cas le souhait des autorités, qui veulent mobiliser des investissements en provenance de l’empire du Milieu.
Opération séduction
Du 17 au 22 mars dernier, le ministre tanzanien de la Planification et de l’Investissement, Kitila Mkumbo, s’est ainsi rendu dans plusieurs grands hubs textiles chinois – Shanghai, Nantong, Shandong (Jinan et Weihai) et Guangzhou – pour rencontrer des industriels et discuter de partenariats à long terme. Le message officiel est clair : faire passer le pays d’un rôle de simple exportateur de coton brut à celui de producteur de textiles à valeur ajoutée.
« Notre objectif est d’attirer des investisseurs pour ajouter de la valeur à nos matières premières et bâtir une industrie textile solide dans le pays […] Nous n’invitons pas seulement les investisseurs en Tanzanie, nous proposons des partenariats fondés sur la confiance, la stabilité et la prospérité partagée. La Tanzanie est prête à devenir un pôle majeur de la fabrication textile en Afrique », a martelé le responsable dans des propos relayés par les médias locaux.
Selon M. Mkumbo, des zones comme Shinyanga et Mara ont déjà été identifiées comme pôles prioritaires pour l’établissement d’usines de grande taille. Premier producteur de coton d’Afrique de l’Est, le pays veut désormais exploiter pleinement cet atout pour attirer les grands groupes textiles chinois, dont l’expertise domine la scène mondiale.
La Chine est en effet le premier consommateur de coton au monde, avec plus de 8 millions de tonnes utilisées chaque année, et son industrie cotonnièretextile reste la plus vaste de la planète. Selon les données de la China Cotton Textile Association (CCTA) et du China National Textile and Apparel Council (CNTAC) relayées par le Département américain de l’agriculture (USDA), la filature et la fabrication de tissus représentent respectivement plus de 50 % et 45 % des capacités mondiales.
Une offensive pour un secteur à la peine
En attendant de voir les nouveaux développements dans les prochains mois, cette démarche des autorités entend rassurer les acteurs d’une industrie qui depuis quelques années broie du noir. En cinq ans, la production textile locale est notamment passée de 53 millions de mètres carrés en 2020 à seulement 32 millions en 2024, soit une chute d’environ 40 %, d’après les données du Bureau national des statistiques, avec une baisse prononcée des capacités de transformation.
L’Association des fabricants de textile et d’habillement de Tanzanie (Tegamat) estime que le nombre d’usines textiles opérationnelles est tombé de 33 en 2017 à seulement 3 en 2025. Ce déclin généralisé s’explique notamment par la concurrence des vêtements de seconde main importés, largement moins chers, qui occupent une part importante du marché intérieur et freinent la demande pour les produits locaux. En parallèle, le pays exporte encore près de 80 % de sa récolte à l’état brut pendant que la qualité et l’insuffisante disponibilité du coton pèsent sur la performance des acteurs.
Un rapport du ministère de l’Agriculture souligne que la production de coton a évolué en dent de scie depuis une décennie avec les problèmes climatiques et les mauvaises pratiques culturales. D’environ 200 000 tonnes en 2014/2015, l’offre a atteint un sommet de 348 958 tonnes en 2019/2020, avant de chuter à 282 510 tonnes en 2023/2024. Sur un autre plan, les données de l’USDA révèlent que la Tanzanie était le pays qui affichait le plus faible rendement du coton à l’hectare parmi le top 10 des producteurs majeurs du continent avec 0,35 tonne en 2024/2025, soit 4 fois moins qu’un pays comme l’Ouganda.
Dans un tel contexte, la relance de l’industrie textile tanzanienne sera étroitement liée aux efforts dans la durée pour soutenir la production cotonnière à travers un meilleur encadrement technique des producteurs et l’accès aux intrants.