Le mardi 3 février 2025, GoCab, start-up britannique spécialisée dans la mobilité électrique et le financement inclusif, a annoncé une levée de 45 millions USD, soit environ 38,1 millions d’euros, afin d’accélérer son expansion en Afrique de l’Ouest et sur d’autres marchés émergents. Menée par les fonds de capital risque E3 Capital et Janngo Capital entre autres, l’opération combine plus de 12,7 millions d’euros en fonds propres et 25,5 millions d’euros en dette.

Fondée en 2024 par deux investisseurs d’origines tadjik et camerounaise, GoCab développe un modèle reposant sur le déploiement de véhicules adossés à des solutions de financement destinées principalement aux chauffeurs et aux livreurs. Concrètement, l’entreprise opère sur un modèle de vente de véhicules à paiement échelonné, en achetant des voitures en volume principalement auprès de fournisseurs asiatiques, puis les revendant à des chauffeurs et coursiers via des contrats de remboursement étalés sur trois ans. Les paiements sont prélevés au quotidien et incluent l’assurance et la maintenance.

Selon l’entreprise basée à Londres, ce nouveau financement doit permettre d’augmenter rapidement la taille de sa flotte, d’entrer sur de nouveaux marchés ouest-africains et de renforcer ses outils technologiques de gestion du risque et des actifs. Environ 10 000 nouveaux véhicules devraient ainsi être financés au cours des deux prochaines années, avec un accent particulier sur ceux électriques. « La pénurie de véhicules et le coût élevé des transports restent deux des défis les plus pressants en Afrique. GoCab s’attaque directement à ces enjeux grâce à une plateforme pilotée par la donnée et la technologie », a souligné Vladimir Dugin, managing partner chez E3 Capital.

Une réponse privée à des tensions structurelles 

L’annonce survient dans un contexte de fortes tensions sur les systèmes de transport urbain en Afrique de l’Ouest, marqués par une croissance rapide de la demande, un parc de véhicules souvent vieillissant et un accès limité au crédit pour les travailleurs indépendants. Il faut également souligner que ces dernières années ont été marquées par l’essor des VTC (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur) observé dans la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire et au Sénégal où des plateformes comme Yango, Heetch ou Uber ont profondément transformé les usages de la mobilité urbaine, alors même que les transports publics peinent à répondre à la demande en hausse.

Mais si ces acteurs ont élargi l’offre de transport et créé des opportunités de revenus pour des milliers de chauffeurs, ils ont aussi mis en lumière une contrainte structurelle : l’accès au véhicule, souvent financé à des conditions coûteuses ou informelles, qui boit une part importante des revenus des conducteurs. En proposant un modèle combinant mise à disposition de véhicules – de plus en plus électriques – et financement structuré, GoCab se positionne donc comme un facteur d’allègement dans cet écosystème des VTC, en s’attaquant à la chaîne de valeur en amont.

À Abidjan ou à Dakar où la start-up opère déjà, la croissance des VTC a précédé la structuration de solutions de financement adaptées. L’approche de GoCab vise à sécuriser l’accès à des actifs productifs pour les chauffeurs, tout en accompagnant une transition progressive vers des flottes plus propres et mieux organisées. De plus, le choix de l’Asie comme principal fournisseur, se fait dans un cadre où la Chine, premier producteur de véhicules électriques au monde, continue d’explorer des débouchés pour ses produits, considérés comme financièrement plus accessibles que ses concurrents européens ou américains.

Pour rappel, GoCab revendique au total plus de 14,4 millions d’euros de revenus annuels et plus de 120 employés dans cinq pays.