L’Algérie a franchi un nouveau cap dans son histoire spatiale en plaçant en orbite, en janvier, deux nouveaux satellites d’observation de la Terre. Alsat-3A et Alsat-3B ont été lancés à deux semaines d’intervalle. Le premier a décollé le 15 janvier depuis le Jiuquan Satellite Launch Centre, dans le Nord-Ouest de la Chine, et le second a suivi le 31 janvier.

L’enjeu est clair : gagner en autonomie dans l’accès à l’imagerie, et améliorer la capacité de voir, et donc d’anticiper, sur un territoire immense (le plus vaste d’Afrique avec 2,382 millions km2) aux frontières longues et parfois difficiles à contrôler. Les autorités du pays présentent ces nouveaux équipements comme un levier de planification, de prévention des risques et, de facto, de surveillance renforcée du territoire.

D’après les informations communiquées sur le programme, Alsat-3A est conçu pour fournir des images à haute résolution utiles à la cartographie, à la production de modèles numériques de terrain et à l’aménagement. Son champ d’observation de 17,5 km et une répétitivité de trois jours améliorent l’observation de zones d’intérêt, afin de comparer, détecter et confirmer : extension urbaine, état des cultures, chantiers d’infrastructures, érosion littorale ou encore évolution de zones sensibles.

Pour l’État, ce type d’imagerie apporte une forte valeur ajoutée sur le plan sécuritaire. La capacité d’observer régulièrement des zones éloignées soutient la lutte contre les trafics illégaux, la surveillance des axes transfrontaliers, la protection de sites stratégiques et l’appui à la décision en période de crise.

Souveraineté des données

Officiellement, la vocation prioritaire de Alsat-3B est aussi civile. Il doit soutenir la planification de l’utilisation des terres et renforcer la prévention ainsi que l’atténuation des catastrophes (incendies, inondations, glissements de terrain, etc.). Mais ces applications rejoignent naturellement des besoins régaliens : surveiller et sécuriser le territoire national. Le message est à teneur opérationnelle, s’agissant de réduire la dépendance à des images achetées à l’étranger, de disposer de données à la demande, et de bâtir une chaîne nationale d’analyse géospatiale, mais également politique.

Le suivi des opérations a en effet été assuré depuis l’Algérie par le général Saïd Chengriha, le chef d’état-major de l’armée algérienne, signe que l’outil spatial est pensé comme un instrument d’État, au croisement de la modernisation technologique et des besoins de défense. Les lancements ont aussi été salués par le président Abdelmadjid Tebboune, qui estime qu’ils constituent « un aboutissement opérationnel du partenariat aéronautique et spatial entre l’Algérie et la Chine, ainsi qu’un jalon structurant dans le renforcement des relations bilatérales ».

Les satellites Alsat-A3 et Alsat-3B viennent compléter la constellation nationale, déjà composée des satellites Alsat-1B, 1N, Alsat2A et Alsat2B, et s’inscrivent dans la continuité du Programme spatial national (PSN). Ils sont le fruit d’une coopération industrielle entre l’Agence spatiale algérienne (ASAL) et China Aerospace Science and Technology Corporation, ainsi que sa filiale China Great Wall Industry Corporation, matérialisée en juillet 2023 dans le cadre d’un contrat couvrant deux satellites optiques, un segment sol, de la formation et des services d’appui.

Dans une Afrique où l’accès à l’espace s’accélère, cette cadence — deux mises en orbite en un mois — renforce l’image d’une Algérie qui s’impose parmi les acteurs africains les plus actifs dans l’observation de la Terre. Le pays Nord-africain se renforce aussi comme partenaire de choix dans la fourniture de services d’imagerie sur le continent.