En République démocratique du Congo, un protocole d’accord a été signé le 18 mars dernier entre les autorités coutumières de la province du Haut-Katanga et le ministère de l’Agriculture, pour développer un nouveau projet sucrier dans ce territoire. Dans les détails, l’entente doit faciliter l’identification et la mise à disposition de terres relevant du domaine foncier de l’État au sein des entités coutumières concernées, en vue d’y développer la culture de canne à sucre à grande échelle, et d’installer des unités modernes de transformation.
« Nous venons de signer un protocole d’accord pour développer une industrie agroalimentaire sucrière dans le territoire de Sakania. Cet acte marque la naissance d’un vaste projet qui sera désormais connu comme la sucrerie de Sakania », a affirmé le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo.
En attendant des détails supplémentaires sur la superficie totale à valoriser, le montant d’investissement, les opérateurs industriels et le calendrier de mise en œuvre, l’initiative est à mettre dans un contexte où la filière sucrière congolaise reste encore embryonnaire. Malgré le potentiel reconnu en terres arables (80 millions d’hectares), des ressources hydriques abondantes et un climat favorable dans plusieurs régions pour la culture de la canne à sucre, le secteur peine encore à satisfaire les besoins d’une population estimée à plus de 110 millions d’habitants.
Selon les données de la Banque centrale du Congo (BCC), la production de canne à sucre est passée de 2,18 millions de tonnes en 2015 à 2,29 millions de tonnes en 2024, soit une quasi-stagnation. Du côté de l’industrie, la situation n’est pas plus reluisante, avec une offre de sucre qui a progressé de 118 463 tonnes à seulement 123 517 tonnes.
Cette sous-performance de l’appareil de production, couplée à consommation croissante de produits sucrés (boissons, confiseries, produits transformés, etc.) avec l’urbanisation et la hausse démographique, a fourni un terreau favorable à l’essor des importations de sucre du pays sur la dernière décennie. D’après les données de la plateforme TradeMap, la valeur des importations a ainsi grimpé de 34,4%, passant de 64,2 millions USD (environ 55,4 millions d’euros) à 86,3 millions USD (environ 74,5 millions d’euros) entre 2015 et 2024, avec comme principaux fournisseurs le Brésil, l’Inde, le Nicaragua, la Zambie et l’Afrique du Sud.
Actuellement dans le second pays le plus vaste d’Afrique, la Compagnie Sucrière (souvent désignée sous le nom de Compagnie Sucrière de Kwilu-Ngongo – CSKN) est le seul acteur majeur dans la filière. Si la nouvelle initiative doit contribuer à étoffer davantage l’écosystème industriel sucrier en RDC, certains analystes estiment que les efforts devront être renforcés pour améliorer l’environnement des affaires pour les investisseurs (contraintes logistiques et énergétiques), ainsi qu’en amont au niveau de la production, pour assurer un approvisionnement suffisant en matières premières.
Le pays reste en retard en matière de rendement en canne à sucre, affichant une productivité de seulement 34,9 tonnes par hectare en 2024 contre 72,5 tonnes pour la moyenne mondiale, très loin du niveau de l’Égypte (107 tonnes/ha) selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).