De l’urgence d’agir pour la souveraineté numérique européenne à l’IA au secours de l’archéologie… Tour de l’actualité tech de la semaine.

Flash infos. Nous sommes le 17 mars. En direct, la journaliste Pénélope Solète, correspondante à Washington d’une chaîne d’information, amorce une édition spéciale pour annoncer une nouvelle fracassante : Donald Trump menace, sous 90 jours, de couper l’accès de l’Europe à l’ensemble des services numériques américains – ceux de Microsoft en tête – s’il n’obtient pas le droit d’envahir le Groenland.

Cette vidéo, générée de toutes pièces par une intelligence artificielle, est bien sûr une parodie. Pourtant, diffusée devant un amphithéâtre plein à craquer du campus de start-ups Station F ce même jour, elle a fait l’effet d’un électrochoc. L’événement, organisé par l’IMA (Innovation Makers Alliance) – un puissant réseau regroupant 10 000 membres et 165 organisations, comme L’Oréal, BNP Paribas, le ministère de l’Économie –, vient rappeler une réalité brutale : notre écrasante dépendance au numérique américain.

Urgence absolue

Ce qui n’était jusqu’alors qu’un non-sujet économique devient une urgence absolue, à l’heure des tensions géopolitiques. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Comme l’a rappelé Gilles Babinet, initiateur du dispositif Café IA, « les entreprises européennes achètent chaque année pour 264 milliards d’euros de services numériques en provenance des États-Unis. »

En cas de coupure ou de chantage technologique, notre économie, du trafic aérien au fonctionnement des cartes bancaires, serait paralysée en quelques jours. Alors, que faire ? La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de fatalité. Les acteurs publics comme privés commencent à élaborer une riposte. La démarche de la région Occitanie est, à ce titre, pionnière. Benoît Dehais, son directeur de l’informatique, a détaillé la création d’une centrale d’achat nationale dédiée à une suite collaborative 100 % européenne. Le cahier des charges est clair : couvrir le périmètre messagerie, bureautique et visioconférence, offrir un coût compétitif face au géant Office 365 et s’appuyer sur des entreprises européennes.

De son côté, Florian Caringi, du Groupe BPCE, défend les solutions open source : un modèle qui garantit la transparence et permet une réutilisation à grande échelle sans dépendre d’un éditeur unique. Mais l’indépendance ne s’arrête pas aux logiciels de bureau : Alexandre Tisserand, de l’IGN, a rappelé que la souveraineté cartographique – donc militaire et logistique – se joue sur le renforcement de la constellation de satellites Galileo, mais aussi sur l’utilisation de nos propres services. En effet, qui connaît par exemple Panoramax, le Google Street View européen ?

Aldrick Zappellini, du Groupe Crédit agricole, a toutefois nuancé le débat : il ne s’agit pas de sombrer dans un protectionnisme numérique stérile qui couperait l’Europe des meilleures innovations mondiales, mais de construire notre propre indépendance. Un gage de liberté, avant qu’il ne soit trop tard.

Archéologie augmentée

Des chercheurs de l’université de Maastricht et de Leiden ont utilisé l’IA pour identifier les règles d’un jeu de société romain gravé sur une pierre en calcaire découverte à Heerlen, aux Pays-Bas. En simulant des centaines de scénarios via Ludii, un système conçu pour analyser mathématiquement des jeux, l’équipe a déterminé qu’il s’agissait d’un jeu de blocage dont on n’avait pas de trace avant le Moyen Âge.

En haut, le plateau de jeu en pierre, avec des traces de crayon soulignant les lignes incisées. En bas, un schéma montrant une simulation de l’un des mouvements de pièces possible. © (Dr Walter Crist, Université de Leiden, Pays-Bas)

« Le succès de cette approche laisse penser que de nombreux autres artefacts mystérieux pourraient receler des histoires cachées qui ne demandent qu’à être découvertes grâce aux technologies modernes », se réjouit Matthew Stephenson, docteur en informatique, co-auteur de cette étude publiée dans la revue Antiquity.

Robot musclé

Ostrabot. C’est le nom d’un robot développé par des chercheurs de l’université nationale de Singapour. Actionné par des muscles cultivés en laboratoire, il est capable de nager à 467 millimètres par minute, soit la vitesse la plus élevée jamais enregistrée pour ce type d’engin.

La plateforme d’auto-entraînement (à gauche), où deux anneaux de tissus musculaires se contractent et s’affrontent de manière continue et autonome. OstraBot (à droite), constitué d’un seul anneau musculaire entraîné et de deux queues flexibles, nage trois fois plus vite que ses homologues dotés de muscles cultivés de façon conventionnelle. © (Université nationale de Singapour)

La prouesse repose sur une technique d’auto-entraînement inédite inspirée du bras de fer : deux tissus musculaires reliés se contractent mutuellement en continu, sans aucune stimulation externe, nous apprend l’étude publiée dans Nature Communications. Le robot, qui démarre et s’arrête au son d’un claquement de mains, ouvre la voie à des machines entièrement biodégradables destinées à la surveillance environnementale ou à la médecine.