En République démocratique du Congo (RDC), malgré la signature des accords de paix de Washington le 4 décembre dernier, la situation sécuritaire et humanitaire s’est de nouveau dégradée. Le groupe armé AFC/M23, soutenu par le Rwanda, s’est emparé de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Une offensive au menu d’un Conseil de sécurité de l’ONU, notamment, ce 12 décembre.
Publié le : 12/12/2025 – 13:46Modifié le : 12/12/2025 – 18:19
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C’est dans le contexte de cette offensive que le président américain, pourtant médiateur de la crise, a tenu des propos dans la nuit du 9 au 10 décembre dernier qui font polémique à Kinshasa. Encore une fois, Donald Trump a évoqué la « paix » entre la RDC et le Rwanda. « J’ai mis fin à la guerre entre le Congo et le Rwanda, ils m’ont dit : « S’il vous plaît, venez prendre nos minerais. » Et c’est ce que l’on va faire ! » a-t-il déclaré. Ce dernier ne dévie pas de sa ligne qu’il affirme depuis maintenant plusieurs semaines, rappelle notre correspondante à Kinshasa, Paulina Zidi.
Au mois de septembre, à la tribune des Nations unies, il avait déclaré avoir mis fin à sept conflits, dont celui entre le Rwanda et la RDC. Des propos qu’il a réitérés lors de la signature des accords de paix de Washington le 4 décembre. Des déclarations qui ne répondent pas aux demandes des autorités de Kinshasa.
La ministre des Affaires étrangères ou encore le ministre de la Communication ont appelé le médiateur dans la crise, l’administration Trump, à des actions. « Il ne suffit pas de condamner », a bien insisté Thérèse Wagner. Message aussi adressé aux chancelleries européennes.
Pour l’Union européenne (UE), une nouvelle salve de sanctions n’était pas en projet avant la dernière offensive, pour ne pas « perturber » les négociations, confiait il y a quelques semaines un diplomate en poste. « Je pense que la communauté internationale est derrière vous, le Rwanda a de moins en moins d’excuses pour justifier ses actions sur terrain », a déclaré cet ambassadeur européen en poste à Kinshasa au président Félix Tshisekedi, lors d’une rencontre, ajoutant : « Maintenant qu’il y a les accords de Washington, il est important que son garant s’impose pour les faire respecter. »
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Peu de prises de parole des organisations régionales africaines
À l’ONU, le secrétaire général Antonio Guterres s’est exprimé jeudi. Il dit condamner fermement l’offensive de l’AFC/M23 et appelle à une cessation immédiate des hostilités. Il se dit aussi prêt à continuer de soutenir les efforts diplomatiques en cours pour rétablir la paix dans l’est de la RDC et dans la région.
Du côté des pays membres du Conseil de sécurité, très peu de déclarations ces deux derniers jours. À ce stade, seule la France s’est exprimée. Paris évoque l’offensive de l’AFC/M23, indique que le mouvement est soutenu par les Forces rwandaises de défense, et estime que cette offensive constitue une menace pour la stabilité du Burundi et de l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a annoncé se réunir ce vendredi après-midi à New York sur la situation en RDC, notamment sur l’avancée de l’AFC/M23 dans la province du Sud-Kivu et sur la prise de la ville d’Uvira. Une réunion très attendue, alors que certains membres du Conseil se sont déjà exprimés la veille lors d’une session réservée à la région Afrique centrale. Le président international de Médecins sans frontières, le Dr Javid Abdelmoneim, doit également intervenir sur la situation humanitaire dans ce pays.
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En revanche, peu de prises de parole des organisations régionales directement concernées. Aucune communication de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) dont font partie la RDC et le Rwanda, alors même que cette organisation avait déployé des militaires sur le terrain.
Silence également du côté de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. La RDC en est membre, pas le Rwanda. Là aussi, aucune réaction officielle, alors que des troupes de la SADC avaient été déployées puis retirées.
La seule organisation régionale à s’être exprimée, c’est la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, la CIRGL. Elle regroupe notamment la RDC, le Rwanda et le Burundi, tous impliqués d’une manière ou d’une autre dans ce conflit. La CIRGL décrit Uvira comme une ville stratégique. Elle avertit que le conflit en cours fait peser un risque de déstabilisation sur toute la région. L’organisation se dit prête à faciliter les efforts diplomatiques.
Au niveau continental, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a réaffirmé la position de l’Union africaine : pour lui, un règlement durable des conflits dans la région des Grands Lacs passe par le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les États. Il appelle également les pays de la région à se conformer pleinement au Protocole de non-agression et de défense mutuelle de la CIRGL.