En Côte d’Ivoire, le gouvernement lancera d’ici la fin du mois de mars un recensement des localités non encore raccordées au réseau électrique national, ainsi que les besoins d’extension des infrastructures existantes. La mesure annoncée par le président Alassane Ouattara le 31 décembre 2025 vise à améliorer le ciblage des investissements pour atteindre l’accès universel à l’électricité et améliorer l’accès à l’eau potable sur l’ensemble du territoire.

Des avancées notables, mais un accès encore inégal

Ce recensement survient après plus d’une décennie d’investissements soutenus dans le secteur de l’énergie, qui ont profondément remodelé le paysage électrique national.  

Selon le bilan gouvernemental, le taux d’électrification des localités est ainsi passé de 33,1% en 2011 à 95,67% en juin 2025. Parallèlement, la capacité de production installée a plus que doublé sur la période, progressant de 1 391 MW à 3 019 MW, une évolution largement portée par le développement de centrales thermiques et hydroélectriques. Dans le même temps, le réseau électrique national s’est considérablement densifié. Près de 7 700 km de lignes de transport et plus de 67 000 km de réseau de distribution ont été déployés à travers le pays.

Pour autant, ces progrès infrastructurels ne se traduisent pas systématiquement par un accès effectif à l’électricité pour l’ensemble de la population. D’après les données de la Banque mondiale, le taux d’accès à l’électricité atteignait 72% en 2023, mettant en évidence un écart persistant entre la desserte électrique des localités et le raccordement réel des ménages. Ce décalage demeure particulièrement marqué dans certaines zones rurales et périurbaines, où les contraintes financières et techniques freinent encore l’accès des populations au réseau.

Un cadre stratégique renforcé autour du Pacte national Énergie

Le recensement annoncé s’inscrit dans la continuité des engagements pris par Abidjan dans le cadre du National Energy Compact et du Pacte national Énergie 2025-2030. À travers ces instruments de planification, le gouvernement cherche à fournir l’accès à l’électricité à près de 17 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, avec l’objectif affiché d’atteindre un taux d’accès national de 100%.

La stratégie repose notamment sur une transformation du mix énergétique. Elle prévoit l’intégration d’au moins 1 GW de capacités renouvelables supplémentaires, et le relèvement de la part des énergies renouvelables à 45% du mix électrique à l’horizon 2030, contre environ 8% aujourd’hui. Pour soutenir cette trajectoire, l’État prévoit de mobiliser 4,5 milliards d’euros d’investissements, dont 2,6 milliards spécifiquement dédiés aux infrastructures de transport électrique.

Déjà exportateur net d’électricité, la Côte d’Ivoire fournit du courant à plusieurs pays voisins, notamment le Ghana, le Burkina Faso et le Mali. Le renforcement de son réseau de transport et l’augmentation de ses capacités de production visent aussi à consolider cette position stratégique au sein de la sous-région ouest-africaine, où la demande en énergie continue de progresser sous l’effet de la croissance démographique et économique.

Dans ce contexte, le pays multiplie les initiatives en faveur des énergies renouvelables. L’entrée en service récente de la centrale solaire de Boundiali (37,5 MW) illustre cette dynamique, tout comme le projet photovoltaïque Kong solaire de 50 MW lancé en octobre 2025, pour un coût estimé à 37 milliards FCFA (environ 56,4 millions d’euros).

Plus globalement, il faut noter que le potentiel énergétique ivoirien attire des flux de capitaux internationaux et favorise le recours aux partenariats public-privé. Dans le secteur électrique, CI-Energies et ses partenaires estiment à plus de 6,8 milliards d’euros les besoins d’investissement sur la décennie en cours, couvrant aussi bien la production que les réseaux de distribution.