La compagnie minière australienne Orion Minerals a annoncé jeudi 20 novembre qu’elle devrait finaliser d’ici mi-décembre 2025 les termes d’un accord définitif avec Glencore. Le groupe suisse est prêt à mobiliser entre 200 et 250 millions USD ce qui correspond à près de 217 millions d’euros pour financer la construction de la mine de cuivre-zinc Prieska, développée par Orion en Afrique du Sud. En échange, il obtiendrait sur plusieurs années l’intégralité de la production du futur site, un mouvement de diversification qui survient alors que sa division cuivre en République démocratique du Congo traverse une phase de turbulences.
En septembre dernier, Orion annonçait la signature d’une lettre d’intention non contraignante ouvrant la voie à un partenariat de longue durée avec Glencore. Ce dernier a depuis entamé un audit technique, juridique et financier de l’entreprise, processus qui se trouve actuellement en phase finale. En cas d’issue positive de cet audit, Glencore devrait fournir une facilité de crédit en deux tranches, dont 40 millions USD – environ 34,7 millions d’euros – pour la construction et le démarrage de l’exploitation minière à ciel ouvert de la mine Prieska. La deuxième tranche, allant de 160 à 210 millions USD soit près de 182 millions d’euros, est destinée aux installations souterraines.
En dehors du financement pour la construction de la mine, Glencore prévoit un contrat d’achat de 100% des concentrés de cuivre et 100% des concentrés de zinc provenant des ressources souterraines de Prieska sur une période de 10 ans. Le groupe pourra déduire du prix des concentrés achetés à Orion les montants que ce dernier lui doit au titre du financement. Autrement dit, si Orion doit rembourser une partie du prêt, Glencore pourra simplement retenir la somme correspondante sur ses paiements pour la production.
Une diversification de l’approvisionnement en cuivre
Selon l’étude de faisabilité, la construction de Prieska nécessite un investissement global de 607 millions de dollars australiens soit environ 339 millions d’euros, dont 49 millions pour la mine à ciel ouvert. À plein régime, Orion vise une production annuelle de 22 000 tonnes de cuivre et 65 000 tonnes de zinc, sur une durée de vie de plus de 10 ans. Des volumes relativement modestes, notamment par rapport à la production cuprifère annuelle congolaise assurée par Glencore, mais qui pourraient s’avérer stratégiques au moment où l’entreprise réexamine sa présence en RDC, seul pays africain où elle exploite le métal rouge.
Glencore y exploite aujourd’hui deux mines : Kamoto Copper Company (KCC), avec 190 600 tonnes de cuivre produites en 2024, et Mutanda, à 33 900 tonnes. Ensemble, elles ont représenté l’an dernier 27% de la production mondiale du groupe également présent au Chili et au Pérou. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, devant la RD Congo et le Pérou. Mais l’importance de ces actifs et du pays d’Afrique centrale dans la hiérarchie mondiale des producteurs cuprifères ne suffit plus à masquer une série de tensions qui y fragilisent la position du géant suisse.
Selon des informations relayées mi-septembre par Bloomberg, Glencore a engagé des discussions exploratoires pour céder une partie de sa participation dans KCC. Le projet est miné par plusieurs années de contre-performances opérationnelles et une chute prolongée des prix du cobalt, sous-produit de la mine qui assure une part non négligeable des revenus. Cette année, Glencore n’a même pas pu exporter une grande partie de cette production de cobalt, à cause d’un embargo de plusieurs mois décidé par Kinshasa pour faire remonter les prix de ce métal utilisé dans les batteries pour véhicules électriques. La suspension des exportations n’a été levée qu’en octobre 2025.
Le négociant suisse de matières premières est par ailleurs cité dans un différend avec le fisc congolais, à qui il devrait 895 millions USD de redevances. S’il n’a pas confirmé ce montant, il a reconnu dans son rapport annuel 2024 que ses activités en RDC sont au cœur de « l’incertitude la plus significative » en matière fiscale. Au 31 décembre 2024, Glencore indique ainsi avoir constitué 1,77 milliard USD, soit 1,5 milliard d’euros de provisions pour couvrir des positions fiscales jugées incertaines, contre 1,42 milliard, environ 1,2 milliard d’euros, un an plus tôt.
Baisse continue de la production
Glencore n’a pas réagi aux dernières informations relatives à une vente de KCC, mais un porte-parole du groupe a démenti en février 2025 toute volonté de mise en vente des activités du groupe en RD Congo. Le Financial Times rapportait à l’époque l’intérêt d’un acheteur du Moyen-Orient pour les actifs congolais du groupe. Plusieurs indices laissent penser qu’une vente des actifs congolais pourrait présenter un intérêt stratégique pour le négociant.
Seul groupe occidental majeur encore actif dans un secteur minier congolais contrôlé par des compagnies chinoises, Glencore a enregistré en 2024 une troisième baisse annuelle consécutive de sa production cuprifère. Les mines congolaises arrivent progressivement en fin de cycle, avec des réserves ne couvrant qu’environ 15 ans de durée de vie à Kamoto, rapporte Bankable. Par ailleurs, Glencore est associé en RDC au milliardaire israélien Dan Gerter, qui détient un droit à des redevances sur la production de cuivre, mais fait l’objet de sanctions américaines.
Dans cet environnement complexe, tant du point de vue commercial que réglementaire, les prochains mois peuvent s’avérer décisifs pour l’avenir du groupe en RDC.