La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) autorise désormais les ressortissants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) résidant à l’étranger à ouvrir des comptes en franc CFA (FCFA) dans les banques de cet espace communautaire, à des conditions alignées sur celles des résidents.

Selon la note N°001-03-2026 signée à Dakar au Sénégal, le 13 mars, « toute demande d’ouverture de compte en francs CFA d’un ressortissant d’un État membre de l’UEMOA résidant à l’étranger bénéficie du même traitement que celui réservé à un résident ».

Cette ouverture reste toutefois encadrée par les règles en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les obligations de connaissance du client.

Un accès élargi, mais sous conditions

La BCEAO précise que l’ouverture de compte est soumise à deux conditions cumulatives. Le demandeur doit d’abord prouver sa nationalité, via un passeport ou une carte nationale d’identité valide. Il doit également justifier d’un lien avec l’UEMOA, par exemple à travers une résidence, un domicile, ou un lien familial direct dans un État membre.

Une fois ouvert, le compte fonctionne « suivant les mêmes modalités que les comptes ordinaires en francs CFA détenus par les résidents », précise la note. Les opérations courantes sont donc autorisées dans les mêmes conditions, même si certains flux vers l’étranger restent encadrés.

En revanche, les opérations plus complexes, notamment les prêts ou certaines opérations en capital, demeurent soumises au régime applicable aux non-résidents.

Des flux financiers à capter

Au-delà de l’aspect réglementaire, la réforme se veut une réponse à un enjeu financier majeur. Selon l’Institute for Security Studies (ISS), les transferts de fonds vers l’Afrique ont atteint 95 milliards USD (environ 82 milliards d’euros) en 2024, dépassant souvent l’aide publique au développement et rivalisant, dans certains pays, avec les investissements directs étrangers (IDE). Ces flux restent toutefois largement orientés vers la consommation et le soutien familial. L’enjeu pour les États est désormais d’en capter une partie pour financer l’investissement.

Dans plusieurs pays, cette stratégie se structure progressivement. Au Sénégal, les transferts de la diaspora représentent près de 10% du PIB, soit environ 2 200 milliards FCFA (environ 3,354 milliards d’euros) par an. Des instruments comme les « diaspora bonds », qui avaient permis de mobiliser 20 milliards FCFA (environ 30,5 millions d’euros) en 2019 avec un taux de souscription de 114%, illustrent les tentatives d’orientation de cette épargne vers des projets productifs.

En Côte d’Ivoire, les transferts de la diaspora ont atteint 1,04 milliard USD (environ 900 millions d’euros) en 2024, contre 440 millions USD (environ 379,9 millions d’euros) en 2021, selon la Banque mondiale. Les autorités multiplient les initiatives pour capter ces flux et les orienter vers l’investissement, notamment à travers des dispositifs facilitant l’accès des expatriés au financement de projets.

Dans ce contexte, la mesure de la BCEAO pourrait contribuer à transformer une partie de ces transferts en dépôts bancaires plus stables, mobilisables pour le financement des économies de l’UEMOA.

Un potentiel encore dépendant de l’offre bancaire

Pour les banques commerciales, l’intégration des avoirs de la diaspora représente un levier potentiel de renforcement de la liquidité et de diversification des ressources. En mobilisant davantage de dépôts en francs CFA, elles pourraient accroître leurs capacités de financement tout en réduisant leur dépendance à des ressources extérieures.

La concrétisation de ce potentiel dépendra toutefois de la capacité du secteur bancaire à adapter son offre. L’ouverture de comptes à distance, la digitalisation des services et la simplification des procédures seront déterminantes pour capter cette clientèle.