Une visite historique, qui a rapidement pris un fort accent politique. En déplacement ce samedi 28 mars à Monaco, principauté catholique surtout connue pour son luxe opulent, le pape Léon XIV est arrivé depuis Rome en hélicoptère dans le micro-Etat d’à peine 2 km² coincé entre la France et l’Italie. Le pape a paradé à bord de la fameuse « papamobile » avec des acclamations nombreuses mais une affluence contrastée. Il a ensuite été accueilli pour son premier déplacement en Europe par le prince Albert II et la princesse Charlène.
Sous un soleil radieux, il s’est ensuite rendu au palais princier où il a prononcé des mots forts depuis le balcon, qui auront forcément une résonance particulière sur « le rocher », où le catholicisme est inscrit dans la Constitution. Mais qui est paradoxalement connu pour ses casinos, ses milliardaires et son immobilier aux prix vertigineux.
Mais qui est le pape Léon XIV ?
S’exprimant en français, le pape américain a fustigé « les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis ». « Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué », a-t-il poursuivi, s’inscrivant clairement dans la lignée du pape François en matière de justice sociale et de lutte contre les inégalités.
« Le don de la petitesse (…) engage votre richesse au service du droit et de la justice, surtout à un moment historique où la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance blessent le monde et compromettent la paix », a-t-il encore dit, dans une référence claire aux conflits qui se multiplient à travers le monde. Interpellant directement les Monégasques, le pape a lancé : « vivre ici est pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s’interroger sur sa propre place dans le monde ». Il y a un « impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens », a reconnu le prince Albert II et « les petits États peuvent contribuer à l’amélioration du monde, à condition d’être fidèles à leurs valeurs et forts de leur détermination ».
« Le pape est fédérateur », salue Eric Battaglia, artiste-musicien monégasque de 64 ans : « dans un monde en guerre depuis quelques années, heureusement qu’il y a des personnes comme ça, pour essayer de faire en sorte que l’humain reste un humain ». « Nous, on est privilégiés, mais les responsabilités on en a tous, même sans les privilèges. Ici on a beaucoup de chance mais on est un petit peuple, on est déjà très généreux », a réagi de son côté Marge Valentino, 73 ans, résidente italienne à Monaco.
Sur le rocher, seuls 8 % des 39 000 habitants – dont un quart de nationalité monégasque – se déclarent pratiquants mais les bancs des églises restent l’un des derniers lieux où se côtoient milliardaires, femmes de ménage et maçons de quelque 140 nationalités.
« Il se passe quelque chose presque tous les soirs » : de la fête à l’immobilier, Monaco, capitale du luxe sans limite
À une semaine de Pâques, fête la plus importante du calendrier chrétien, cette visite sur ce territoire exposé médiatiquement permet aussi de mesurer la popularité du souverain pontife américain, alors que ce dernier se montre davantage discret que son prédécesseur François depuis qu’il lui a succédé.
(Avec AFP)