Pouvez-vous confirmer aujourd’hui que Leapmotor va produire des véhicules en Europe, dans des usines situées en Espagne et en Pologne, en accord avec Stellantis ?
Tianshu Xin : Effectivement, considérant les taxes européennes qui s’appliquent aux véhicules chinois et le fait que nous ayons un joint-venture avec Stellantis, nous cherchons à produire en Europe. Cela passera par des sites en Espagne et très vraisemblablement en Pologne aussi. Reste encore à statuer sur les modèles qu’il est le plus pertinent de produire, par rapport à la demande et d’un point de vue industriel. Le B10 est naturellement en tête de la short list.
Quand pensez-vous être en mesure de débuter cette production en Europe ?
J’aurais aimé que ça débute hier ! Donc pour répondre à votre question, nous espérons que cela pourra se faire le plus vite possible.
Alors que vous tablez sur 100 000 ventes à l’international cette année, a minima, quel mix anticipez-vous en Europe au niveau des modèles et des énergies ?
C’est difficile à dire car comme en 2025, tous les modèles ne seront pas exploités en année pleine. Ce sera notamment le cas du B10 à range extender dont les premières livraisons devraient intervenir à la fin du premier semestre. La T03 100 % devrait continuer à monter en puissance car elle est parfaitement adaptée à la clientèle des villes ou au rôle de deuxième voiture d’un ménage. Au niveau des énergies, des facteurs exogènes interviennent. Je m’explique : sur les marchés où les infrastructures de recharge sont bien déployées, les véhicules 100 % électriques domineront le mix, mais quand il y aura une insuffisance à ce niveau, les versions à ranger extender prendront le lead.
Comment comptez-vous éviter l’écueil de Leapmotor perçue comme une marque chinoise de plus et comment vous différencier par rapport aux autres marques chinoises comme MG, BYD, etc. ?
Il y a trois ans, j’ai consulté de nombreux professionnels et experts pour valider la pertinence de lancer Leapmotor en tant que marque à l’international. Nous avons identifié trois points clés à respecter pour prétendre avoir du succès, mais aussi pour créer des signes distinctifs avec la concurrence des autres marques chinoises. Tout d’abord, la confiance, une pierre angulaire indispensable. Au-delà de nos produits attractifs, nous pouvons mettre en avant un joint-venture conclu avec Stellantis, ce qui ne peut que placer le client européen dans un climat de confiance. D’autant que Stellantis a investi 1,5 milliard d’euros, soit un engagement significatif synonyme de de stabilité. Par ailleurs, il fallait jouer sur le levier de l’accessibilité, qui ne se limite pas aux tarifs très compétitifs de nos voitures. L’accessibilité, c’est aussi un bon maillage du réseau et là encore, nous avons tiré le meilleur du joint-venture avec Stellantis car nous avons fait du plug and play avec leurs réseaux en Europe. Ce qui nous assure aussi une disponibilité des pièces détachées, avec un taux de 98 %. En outre, il y a la qualité et Leapmotor propose des produits aux standards européens. Le client se dit aussi avec raison que Stellantis n’aurait pas signé un accord de cette envergure avec un constructeur contestable. Bref, au-delà des qualités intrinsèques de Leapmotor, nous nous distinguons aussi par l’accord conclu avec Stellantis. C’est particulièrement vrai en Europe, mais aussi sur d’autres marchés, car notre marque s’est déployée sur quatre continents en l’espace d’une année, c’est très rapide, inédit même dans le secteur automobile.
« Il y a encore de nombreuses opportunités de synergies entre Leapmotor et Stellantis »
Y-aura-t-il des partages de technologies plus avancés avec Stellantis à l’avenir ?
Il y a de nombreuses opportunités de synergies entre Leapmotor et Stellantis, c’est une certitude, et pour être transparent, nous travaillons d’ores et déjà sur ce dossier. Des économies d’échelle significatives en découleront pour les deux groupes.
Même si vos volumes sont encore réduits, parvenez-vous à identifier quels sont vos principaux concurrents en Europe, notamment par les premières reprises que vous faites ?
Avant la concurrence, il y a déjà la marque Leapmotor en elle-même et la manière dont nous devons la placer dans la shopping list des clients. On relève qu’il y a beaucoup de primo accédants au VN parmi nos clients. Quand il y a des reprises, difficile de dégager encore des dominantes fiables, mais on constate qu’il y a nos concurrents chinois.
Pour conclure, où voyez-vous Leapmotor en Europe dans cinq ans ?
Impossible de répondre aujourd’hui à cette question et je ne veux pas passer pour un bonimenteur. Mais nous sommes ambitieux et je convoquerai donc la formule consacrée : « sky is the limit » ! Vous savez, l’Europe est un marché très exigeant et difficile, mais la Chine est aussi un marché très difficile avec une concurrence particulièrement âpre. Pour le mot de la fin, j’ajouterais qu’il faut faire montre d’ambition, certes, mais aussi de patience. Regardez le temps qu’ont mis les constructeurs japonais puis coréens pour s’implanter sur le marché européen, puis pour y peser en parts de marché. Disons que sur les tout premiers temps intermédiaires, nous sommes en avance sur eux.
Propos recueillis par Alexandre Guillet

