Le bâtiment d’essais et de mesures (BEM) Monge est un bateau de la Marine nationale qui ne passe pas inaperçu lorsqu’il est à quai à la base navale de Brest. Avec sa silhouette blanche imposante mesurant plus de 220 m de longueur, 26 m de largeur et ses trois gros radars prénommés Armor 1, Armor 2 et Normandie, il est littéralement devenu un élément emblématique de la rade brestoise.

Deuxième plus grand bâtiment de la Marine nationale, le Monge est le seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM).Deuxième plus grand bâtiment de la Marine nationale, le Monge est le seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM). (Photo Le Télégramme/Vincent Le Guern)

Surtout lorsqu’il émet un étrange faisceau vert qui ne manque pas de faire parler de lui : le lidar (laser imagine detection and ranging) mésosphérique. « Il y en avait déjà un sur le prédécesseur du Monge, le Poincaré, mais depuis, on a affiné nos connaissances pour avoir cet instrument, un des plus performants au monde », atteste l’ingénieur civil Laurent, chef d’un service technique de la Direction générale de l’armement (DGA), à bord du Monge depuis bientôt vingt ans.

Le rôle de ce laser vert est bien précis : étudier l’atmosphère de zéro à cent kilomètres, limite de ce que l’on peut appeler l’espace, afin de guider les essais missiles de la DGA. « Il nous sert vraiment à caractériser, en termes de densité, d’humidité, de pression et de température, la couche de l’atmosphère », précise le commandant du Monge, le capitaine de vaisseau Alban Doulcet. « Le lidar est un objet unique en Europe, qui permet d’alimenter nos modèles scientifiques, notamment ceux de la DGA, et qui nous permet de mieux exploiter les données qu’on fera le jour J du tir ».

Son principe de fonctionnement est assez simple : émettre verticalement un puissant faisceau laser. « À l’œil, on voit un trait continu mais en fait, ce sont des impulsions de pointillés de lumières composées de photons, à 100 hertz », précise l’ingénieur civil. « Et il sera toujours de couleur verte, ce qui correspond à la longueur d’onde adaptée, à savoir 332 nanomètres ».

Le commandant du Monge, le capitaine de vaisseau Alban Doucet.Le commandant du Monge, le capitaine de vaisseau Alban Doucet. (Photo Le Télégramme/Vincent Le Guern)

Ensuite, en ce qui concerne le traitement de la donnée, cela se complique un peu. « Certains des photons, qui composent la lumière, sont alors absorbés par les particules de l’atmosphère qui libèrent de l’énergie absorbée en émettant également un photon. Une proportion de ces photons rétro diffusés reviennent vers le bas et sont collectés grâce aux télescopes de réception », précise l’ingénieur civil de la DGA. « Le nombre de photons reçus sera alors proportionnel à une certaine altitude ».

À Brest, on ne fait que de simples émissions pour vérifier que tout fonctionne bien. Le lidar est un instrument fantastique mais le moindre nuage bloque la mesure.

Néanmoins, à Brest, ce sont surtout des exercices de vérifications qui sont effectués, la nuit, quand les conditions météorologiques sont au rendez-vous : un ciel dégagé, sans nuages. Ce qui n’est pas toujours évident dans la cité du Ponant. « À Brest, on ne fait que de simples émissions pour vérifier que tout fonctionne bien », relate Laurent de la DGA. « Le lidar est vraiment un instrument fantastique mais le moindre nuage bloque la mesure. En fait, il n’y a pas vraiment de règle si ce n’est le beau temps pour pouvoir l’allumer ».

Seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM), le Monge possède des équipements bien spécifiques.Seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM), le Monge possède des équipements bien spécifiques. (Photo Le Télégramme/Vincent Le Guern)Des équipements spécifiques dédiés au recueil de données et au suivi des tirs de missiles

Afin de pouvoir recueillir des données et participer au suivi des tirs d’essai de missiles balistiques des armées françaises, le Monge possède des équipements bien spécifiques : un radar de recherche aérienne, deux radars de navigation, trois radars de trajectographie et d’analyse, six antennes de télémesure, une station météo/sérologie, une station de télé-neutralisation et une station optique. « À l’instar de l’ensemble de la Direction générale de l’armement (DGA), le Monge est un concentré d’expertises et de moyens de mesures uniques ayant évolué au fil des années », atteste l’ingénieur civil Laurent, chef d’un service technique de la DGA sur le Monge.

Deuxième plus grand bâtiment de la Marine nationale, le Monge est le seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM).Deuxième plus grand bâtiment de la Marine nationale, le Monge est le seul bâtiment d’essais et de mesures (BEM). (Photo Le Télégramme/Vincent Le Guern)

« À bord, nous avons des marins et des membres de la DGA qui ont des compétences uniques dans le domaine des essais de tir de missile », ajoute le commandant, le capitaine de vaisseau Alban Doulcet. « Les trois gros radars que l’on aperçoit à l’extérieur sont uniques en Europe, de par leur performance mais aussi par le fait qu’on les utilise en mer ». Un avantage certain pour les armées françaises. « Le Monge devient alors une plateforme navale qui bouge, et on peut alors observer des choses là où les autres ne peuvent pas », tient à souligner le commandant. Et surtout, des choses parfois très lointaines, puisque le Monge peut également être amené à faire du suivi de satellites, de la station spatiale internationale (ISS), devenant ainsi un véritable trait d’union entre la mer et l’espace.