Situé à plus de 1 700 mètres d’altitude sur les hauts plateaux éthiopiens, le lac Tana est le plus vaste du pays, s’étendant sur environ 3 100 km². Formé il y a près de 5 millions d’années par une activité volcanique qui a bloqué d’anciennes rivières, il constitue aujourd’hui la principale source du Nil Bleu, un affluent majeur du Nil long de 1 450 kilomètres.

Vu depuis l’espace, le lac se distingue par sa teinte vert laiteux, causée par la prolifération d’algues nourries par le ruissellement agricole et les eaux usées, selon la NASA Earth Observatory. Ses îles principales, Dek et Daga, s’y détachent comme des joyaux. Dek, la plus vaste (7,5 kilomètres de large), abrite environ 5 000 habitants vivant de cultures de maïs, de mil, de café et de mangues sur des sols volcaniques fertiles. Daga, plus petite (1,6 kilomètres), est inhabitée mais bien plus mystérieuse.

Une photographie d’astronaute prise en 2017 révèle ces îles au cœur d’un lac d’un vert presque irréel. À l’extrémité sud-est de Dek, un lac secondaire orangé intrigue encore les chercheurs : sa couleur serait liée au ruissellement agricole.


Dek (au centre) et Daga (en bas à droite) émergent des eaux vert laiteux du lac Tana, en Éthiopie, et abritent plusieurs monastères et sites religieux majeurs. © Nasa, programme ISS

Des sanctuaires cachés

Derrière leur apparence tranquille, les îles du lac Tana sont parsemées de monastères. On estime qu’au moins la moitié des trente îles recensées abritent une église ou un site religieux, souvent fondés pour protéger les trésors sacrés du pays pendant les périodes de guerre.

Sur Dek, le monastère de Narga Sélassié, érigé au XVIIIᵉ siècle, se distingue par ses peintures murales colorées retraçant l’histoire éthiopienne. Mais c’est Daga qui attire le plus de fascination : son monastère de Daga Estifanos (« Saint-Étienne de Daga »), fondé au XIIIᵉ siècle, conserve dans ses murs les restes momifiés d’au moins cinq empereurs éthiopiens, ayant régné entre 1270 et 1730.


Le monastère de Narga Sélassié, situé sur l’île de Dek, compte parmi les nombreux lieux de culte majeurs qui parsèment les îles sacrées du lac Tana. © A. Davey/Wikimedia

Leurs corps reposent dans des cercueils à parois de verre, exposés aux visiteurs masculins, car la tradition locale interdit l’accès aux femmes, une règle qui s’applique jusqu’aux animaux femelles. À leurs côtés, des couronnes, parchemins et artefacts rappellent la puissance et la foi des anciens souverains.

L’écho de l’Arche d’Alliance

Au-delà de Dek et Daga, d’autres îles du lac Tana perpétuent la ferveur religieuse. L’île de Tana Cherkos, habitée uniquement par des moines, serait, selon la tradition, le refuge temporaire de l’Arche d’Alliance. L’objet biblique y aurait séjourné près de 800 ans avant d’être transféré sur le continent éthiopien.

Ainsi, dans ce lac vieux de plusieurs millions d’années, les frontières entre nature, foi et légende semblent se confondre. Ses eaux vertes dissimulent plus que des algues : elles protègent un patrimoine spirituel unique, témoin de la grandeur passée d’un empire africain.