À Tunis Afrique presse, la tension est palpable. Du 31 mars au 2 avril 2026, les journalistes portent le « brassard rouge », trois jours de protestation symbolique mais chargée de sens. L’Union nationale des journalistes tunisiens dénonce l’absence de dialogue avec la direction et ce qu’elle considère comme des ingérences répétées dans le travail éditorial.

Depuis le 11 février, les demandes de rencontre avec le directeur général restent lettre morte. Ce silence a suffi à transformer le rouge en signal d’alerte : attention, l’indépendance de l’information publique est menacée.

Trois jours pour alerter

Pour les journalistes, il ne s’agit pas d’un simple différend administratif. Selon le syndicat, des dépêches sont régulièrement modifiées ou vidées de leur contenu, certains reportages commandés pour servir une ligne proche de la communication gouvernementale. Les sujets sensibles, liés à la présidence ou aux activités gouvernementales, sont encadrés par des lignes rouges invisibles mais strictes. Le harcèlement et le contrôle constant sur le travail des journalistes ne sont plus anecdotiques : ils traduisent une tentative de transformer l’agence en instrument de propagande, au détriment de sa mission première : informer le citoyen avec rigueur et impartialité.

À cette pression éditoriale s’ajoute la précarité professionnelle. Contrats instables, postes fragiles, absence de sécurité dans l’emploi : chaque journaliste devient vulnérable, chaque dépêche un terrain miné. La liberté de créer et d’informer se heurte alors à la pression institutionnelle, et la défense de l’indépendance devient un acte risqué mais nécessaire.

Des revendications claires

Le syndicat réclame des mesures concrètes : la création d’un conseil de rédaction indépendant, capable de trancher les différends éditoriaux et de définir clairement les sujets « hors couverture ». Le respect des chartes professionnelles, nationales et internationales, doit redevenir la règle. Cette mobilisation dépasse le cadre de l’agence : elle illustre la fragilité de la presse publique tunisienne face aux pressions politiques et institutionnelles persistantes.

Le« brassard rouge » est bien plus qu’un symbole. C’est une alerte adressée à la direction, aux autorités et à l’ensemble des citoyens : la liberté de l’information et la crédibilité de l’État sont en jeu. Trois jours de protestation suffisent pour faire entendre un message clair : le journalisme ne sera plus relégué au rôle de voix officielle, mais doit pouvoir informer librement et avec exactitude.

Le rouge comme signal d’alarme

Trois jours pour alerter, trois jours pour rappeler que la presse tunisienne est en première ligne. Le rouge devient un cri, un défi et un acte de responsabilité : chaque lecteur doit savoir que l’information publique peut être menacée, et chaque journaliste doit savoir qu’il peut agir pour protéger son indépendance. La balle est dans le camp de la direction. Pour la presse tunisienne, le temps presse, et l’enjeu dépasse largement les murs de l’agence : il s’agit de la crédibilité même de l’information dans le pays.

Mourad Benyahia