Jusqu’ici, moins de 300 coquilles comparables, datées entre -70 000 et -140 000 ans, avaient été recensées sur plusieurs sites en Afrique et au Proche-Orient. La découverte marocaine en double presque le volume, annonce l’étude publiée mercredi 25 mars dans PLOS One et dirigée par la défunte Émilie Campmas.
Différentes techniques utilisées par homo sapiens pour transformer ces ornements tirés de la mer
L’analyse détaillée des coquilles révèle des traces de transformation et d’usage : perforations, abrasions, résidus de pigments… Tous ces éléments confirment qu’il ne s’agit pas de simples objets naturels, mais bien de parures portées sur le corps. Les chercheurs ont également observé une sélection des coquilles, principalement des Tritia gibbosula, avec une préférence pour les spécimens adultes, plus grands. Certaines étaient percées, d’autres non, mais toutes ont été travaillées pour être portées. Cette attention portée au choix du matériau et à sa transformation en bijou témoigne d’un « savoir-faire déjà élaboré » chez les Homo sapiens de la région, expliquent les scientifiques.
Outre ces mollusques marins issus de la pêche à pied, cette grotte de Témara a livré « des ossements humains, des ossements d’animaux témoignant de chasses spécialisées de gazelles, des outils et armes taillés grâce à des matériaux collectés et sélectionnés en fonction de leurs qualités, des traces de foyers délimités par des structures en pierre, et des minéraux (de l’hématite) récoltés et utilisés pour leur pouvoir colorant ».
Atériens: des indices importants de comportements complexes
L’ensemble des découvertes, les restes comme les traces d’occupation, suggère la présence dans le temps de groupes organisés, mobiles, capables de tirer profit de leur environnement. Ces populations nomades, rattachées à la culture atérienne (propre au Maghreb), se déplaçaient probablement entre le littoral et l’arrière-pays au fil des saisons, notent encore les auteurs.
Au-delà de leur dimension matérielle, ces parures traduisent des comportements sociaux complexes. Leur standardisation et leur diffusion suggèrent des codes partagés. Pour les chercheurs, ces objets comptent parmi les « premières expressions symboliques de l’humanité » et l’une « des premières formes de ‘culturalisation’ du corps humain ». Une manière de rappeler que, bien avant l’histoire écrite, les humains cherchaient déjà à se représenter et à communiquer autrement que par les mots.
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