Révélé en 2024 par le Prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM), Yassine Khelifi incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs engagés. Le Tunisien a confirmé tout son potentiel en se hissant parmi les finalistes de la toute première édition du concours panafricain « Les Nouveaux Boss », le 24 janvier 2026, où il s’est distingué par la constance et la qualité de son parcours. 

Le fondateur de la start-up Bioheat a en effet marqué les esprits par la pertinence et l’impact de son entreprise de biocombustible, née d’une incohérence nationale constatée au fil des ans.

« En Tunisie, nous produisons d’importantes quantités de grignons d’olive chaque année, souvent mal valorisés, alors que nous importons une grande partie de notre énergie. J’ai vu là une incohérence économique et environnementale. Mon parcours entrepreneurial et mon intérêt pour les solutions énergétiques locales m’ont conduit à développer une réponse concrète et industrialisable à ce problème », explique-t-il. Titulaire d’un diplôme d’ingénierie en géomatique terre et aménagement, obtenu en 2012 à la Faculté des sciences de l’Université de Tunis, il fonde Bioheat en 2022 dans le village de Sanhaja, près de Manouba.

La Start-up nait dans un contexte marqué par de nombreux défis quotidiens en Tunisie : hausse des prix du bois et des énergies fossiles, dépendance aux importations, pollution liée au brûlage sauvage des déchets agricoles, accès inégal à une énergie abordable dans les zones rurales. Les ménages modestes, les artisans et certaines entreprises agroalimentaires vivent ces tensions comme une addition qui grimpe. 

4 GWh d’énergie par an

Bioheat s’adresse d’abord à ce besoin thermique constant, notamment dans les métiers où la chaleur est une nécessité, comme les boulangeries. Le procédé développé par Bioheat se veut industrialisable. Il est breveté et couvre une méthode d’optimisation du séchage, un contrôle du taux d’humidité et de la compression haute densité, permettant une meilleure performance énergétique, une combustion plus longue et plus stable, une réduction du taux de cendres et de fumée, une homogénéité industrielle du produit. In fine, Bioheat impacte toute la chaîne de valeur à travers une réduction des coûts liés à la gestion des déchets pour les oléiculteurs, la valorisation économique d’un sous-produit, la protection de l’environnement, la réduction de la facture énergétique des tunisiens. « Nous sécurisons ainsi un approvisionnement régulier inscrit dans une logique d’économie circulaire », se réjouit le fondateur.

Les preuves de valeur de Bioheat se jouent dans l’usage. « Les clients parlent d’un allumage facile, d’une durée de chauffe satisfaisante, d’un environnement plus propre, et d’un coût énergétique réduit », déclare Yassine Khelifi dont la clientèle principale est aujourd’hui B2B (artisans, agroalimentaire, petites industries), en raison de leurs besoins thermiques constants. L’offre de la startup comprend la vente en sacs ou palettes, des contrats d’approvisionnement ou la distribution via partenaires. Aujourd’hui, Bioheat est une unité valorisant annuellement 1 000 tonnes de grignons d’olives, générateur d’environ 4 GWh d’énergie thermique permettant d’éviter près de 800 tonnes de CO₂ par an. L’entreprise contribue à réduire la pression sur le bois de chauffe, tout en créant des emplois locaux. 

Se renforcer en local, s’ouvrir à l’étranger

La crédibilité de Bioheat, Yassine Khelifi l’a construite avant les caméras. Le Prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM) en Tunisie lui a permis de mieux structurer le développement de l’entreprise qui avait déjà attiré l’attention de potentiels investisseurs en décembre 2023. La Start-up avait reçu le prix « Coup de cœur du jury » lors du Med Innovant Africa organisé à Marseille en France lors de la 6e édition d’Emerging Valley.

Sa présence parmi les dix finalistes de la compétition Les Nouveaux Boss, n’est finalement que la preuve supplémentaire de la valeur réelle de l’entreprise dont les ambitions s’alignent avec celles du gouvernement tunisien sur la transition énergétique. Tunis s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Objectif : 35 % d’électricité renouvelable (solaire/éolien) d’ici 2030, 50% à l’horizon 2035 contre moins de 5% actuellement, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Le pays cible aussi la réduction de la dépendance au gaz naturel (97 % de la production actuelle). Cette stratégie mise sur l’efficacité énergétique, le développement de l’hydrogène vert et les partenariats public-privé 

L’actualité de Yassine Khelifi se joue désormais dans l’après concours. « Dans notre développement, nous faisons face à trois défis majeurs. Le premier concerne le financement, indispensable pour accélérer notre industrialisation et passer à une échelle de production plus importante. Le second défi porte sur la structuration de la distribution, afin d’assurer un déploiement plus efficace et une meilleure couverture des marchés. Enfin, la montée en capacité représente un enjeu clé. Elle implique de renforcer nos moyens humains, techniques et opérationnels pour soutenir notre croissance », affirme Yassine Khelifi. Pour limiter les risques liés à ces défis, Bioheat privilégie une approche prudente et progressive. « Nous misons notamment sur la diversification des intrants, la sécurisation de partenariats stratégiques, ainsi qu’une croissance maîtrisée, pensée étape par étape », indique le fondateur de Bioheat.

Pour 2026, Yassine Khelifi affiche des priorités nettes : consolider le marché tunisien, accélérer le déploiement en France, industrialiser à plus grande échelle et développer de nouvelles solutions biomasse. Tout ceci requiert du financement supplémentaire pour continuer à faire d’un résidu de culture une matière de valeur.