Le groupe parlementaire Takku Wallu a vivement critiqué, lors d’un point de presse, la gestion de la dette publique par le gouvernement. Lors de sa prise de parole, le député Amadou Dawa Diallo a dénoncé un manque de transparence et appuyé l’idée de l’ouverture imminente d’une enquête parlementaire émise par la présidente du groupe, Madame Aïssata Tall Sall. Cette députée et ancienne membre du gouvernement sous le régime de Macky Sall est largement revenu sur les dangers du Total Return Swap (TRS), l’instrument financier dérivé utilisé récemment par l’État du Sénégal pour diversifier ses sources de financement.
S’appuyant sur des documents officiels et des informations révélées par la presse internationale, le député de l’opposition Amadou Dawa Diallo a mis en lumière le récent emprunt de 650 millions d’euros contracté par l’État du Sénégal. Selon lui et ses collègues parlementaires, cette levée de fonds, évoquée notamment par le Financial Times, comprend 350 millions d’euros mobilisés auprès de l’Africa Finance Corporation (AFC) et 300 millions d’euros auprès de First Abu Dhabi Bank.
Le groupe parlementaire souligne que ces opérations n’ont fait l’objet d’aucune publication officielle, contrairement aux pratiques habituelles de l’État en matière de communication sur les emprunts publics. « L’État du Sénégal a toujours communiqué sur ses levées de fonds et leurs résultats. Cette fois-ci, ces emprunts n’ont été ni publiés ni déclarés », ont déploré les intervenants.
Un droit à l’information « sans réserve » invoqué
Les députés ont rappelé que le cadre légal sénégalais garantit un accès large à l’information en matière de finances publiques. Ils citent notamment le code de transparence dans la gestion des finances publiques de 2012, qui impose la publication d’informations détaillées sur la dette, ainsi que la loi organique relative aux lois de finances de 2020.
« Les députés disposent d’un droit d’information sans réserve sur tous les aspects liés à la gestion des deniers publics », ont-ils insisté, dénonçant le refus du ministère des Finances de transmettre certains documents.
Parmi les pièces réclamées figure les rapports du cabinet Forvis Mazars, commandités par les autorités en complément d’un audit de la Cour des comptes sur la période 2019–mars 2024. Le ministère aurait opposé des clauses de confidentialité pour justifier son refus.
Des documents toujours attendus
Le groupe Takku Wallu exige la mise à disposition de plusieurs documents jugés essentiels :
les rapports Mazars ;
les accords de prêt signés avec l’Africa Finance Corporation et First Abu Dhabi Bank ;
les bulletins statistiques de la dette publique, non publiés depuis 2023.
Pour les députés, cette situation constitue une violation des obligations légales de transparence.
Une pression fiscale jugée « excessive »
Au-delà de la dette, le parlementaire a également dénoncé une forte pression fiscale. Il avance que les recettes internes sont passées de 3 877,1 milliards FCFA en 2024 à 4 201,1 milliards FCFA en 2025, soit un cumul provisoire de 8 078,2 milliards FCFA.
Selon Amadou Dawa Diallo, cette mobilisation repose essentiellement sur les ménages et les entreprises, entraînant « une asphyxie fiscale » et une multiplication des cessations d’activité, notamment parmi les PME et PMI.
Des engagements sociaux non respectés
Le député de Ranérou a également pointé du doigt plusieurs engagements non tenus par l’État, notamment :
le paiement des bourses de sécurité familiale ;
le financement de programmes sociaux ;
l’achat d’arachide aux producteurs ;
le paiement de rappels aux étudiants ;
le remboursement de ponctions sur les salaires d’enseignants ;
la relance des grands travaux dans le secteur du BTP.
« Si le BTP ne marche pas, c’est toute l’économie qui s’arrête », a-t-il averti, évoquant un ralentissement généralisé des activités.
Vers une commission d’enquête parlementaire
Face à ces constats, le groupe Takku Wallu, par la voix de la présidente Madame Aïssata Tall Sall, fortement appuyée par Amadou Dawa Diallo et l’ensemble de leurs collègues, réclame l’organisation d’un débat parlementaire sur la gestion de la dette et la transparence budgétaire. Ils annoncent également leur intention de saisir le président de l’Assemblée nationale pour la mise en place d’une commission d’enquête.
« Où sont passées les ressources mobilisées et les fonds empruntés ? », s’interrogent les députés, appelant à faire toute la lumière sur la gestion des finances publiques.
