En Côte d’Ivoire, le gouvernement continue son offensive dans le secteur halieutique. Le 26 mars dernier, le Projet de Développement des Chaînes de Valeur Compétitives de l’Aquaculture et de la Pêche Durable (ProDeCAP) a été lancé dans la ville portuaire de San-Pédro, pour une durée de 5 ans. D’un coût de 19 milliards FCFA (environ 30 millions d’euros), l’initiative est cofinancée à hauteur de 85% par un prêt de la Banque africaine de développement (BAD).

Elle cible l’amélioration de la gouvernance et la gestion durable des pêches maritimes, lagunaires et continentales, tout en boostant l’aquaculture et en renforçant la compétitivité des chaînes de valeur. Au total 700 000 personnes doivent en bénéficier directement ou indirectement, dont 50 000 aquaculteurs et 650 000 acteurs de la pêche.

Une demande qui explose

Le poisson occupe une place centrale dans l’alimentation ivoirienne, au point d’en constituer la principale source de protéines animales. La consommation moyenne y avoisine 25 kg par personne et par an selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA), soit près du double de la moyenne africaine (10 kg) et plus que le niveau mondial (20,5 kg). Cette appétence s’est renforcée au fil des années, portée par la croissance démographique, l’urbanisation rapide, et l’augmentation des revenus qui modifient les habitudes alimentaires, notamment dans des centres urbains comme Abidjan.

Face à cette tendance, la production nationale peine à suivre. Si l’offre a augmenté depuis 2014, la dynamique de la pêche artisanale (75% du total des captures) reste encore insuffisante, plombée par des défis comme l’épuisement des stocks halieutiques et la recrudescence de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), alors que l’aquaculture demeure embryonnaire, avec moins de 5% de la production nationale de poissons.

Cette conjonction de facteurs a fortement nourri sur la dernière décennie, la dépendance du pays à l’approvisionnement extérieur pour combler ses besoins. Entre 2015 et 2024, les importations ivoiriennes de poissons frais se sont fortement accéléré, passant d’environ 388 000 tonnes à plus de 732 000 tonnes selon les données douanières, et entraînant une hausse quasi parallèle de la facture d’achat.

Sur la même période, la valeur de ces importations est passée de 229 milliards FCFA (environ 349,1 millions d’euros) à un peu plus de 518 milliards FCFA (environ 789,7 millions d’euros). Le Chili a été le premier fournisseur en 2024, devant la Chine, le Pérou, le Sénégal et la Mauritanie.

Des initiatives multiples pour renforcer l’aquaculture

Ce nouveau projet vient s’ajouter à une série d’initiative lancées par les autorités ivoiriennes depuis 5 ans. En janvier 2022, le pays dévoilait le Programme stratégique de transformation de l’aquaculture (PSTACI), avec à l’horizon 2030 un objectif de production annuel de l’ordre de 500 000 tonnes de poissons. Cette feuille de route a été plus tard complétée par un plan spécifique qui veut booster l’élevage de tilapias.

L’objectif est de faire passer la production de cette espèce à 68 000 tonnes d’ici 2031. Si actuellement, l’offre se situe à moins de 10 000 tonnes, les acteurs entendent tirer profit du potentiel naturel du pays pour réaliser cette ambition. La Côte d’Ivoire dispose en effet de près de 1 760 km² de retenues d’eau et barrages aménagés sur les fleuves Bandama, Sassandra et Bia, qui constituent autant de réservoirs mobilisables pour l’élevage de poissons.

À ces infrastructures s’ajoute un réseau de grands cours d’eau, donc le Cavally et la Comoé, qui irriguent le pays du nord au sud. Le littoral et l’intérieur des terres offrent par ailleurs environ 150 000 hectares de lagunes et 350 000 hectares de lacs, retenues et bas-fonds adaptés à l’implantation de cages flottantes ou d’enclos piscicoles. Autant de ressources naturelles qui offrent des possibilités pour le développement d’infrastructures aquacoles sur les cours et plans d’eau.