Les flux d’investissements directs étrangers (IDE) vers le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) ont atteint en 2024 un niveau historique, selon un rapport publié le 4 décembre 2025 par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Si sur le plan mondial, la conjoncture était morose avec un second recul consécutif (-11%), le volume d’IDE dans le COMESA a progressé de près de 154 % pour se chiffrer à 55,8 milliards d’euros (65 milliards USD). Cette enveloppe représente près de 67% du total continental, et 4 fois plus qu’en 2015.
Ce chiffre fait aussi des IDE, pour la première fois depuis des décennies, la principale source de financement extérieur dans cette communauté de 21 pays membres, surclassant les envois de fonds et l’aide publique au développement. D’après la CNUCED, la performance a d’abord été boostée par le mégaprojet de développement urbain de la péninsule égyptienne de Ras El-Hekma, à environ 350 kilomètres au nord-ouest du Caire.
Ce projet d’envergure initiée par l’Abu Dhabi Developmental Holding Company et d’un coût de 30 milliards d’euros (35 milliards USD), prévoit la construction d’un hôpital, d’un hôtel, de bâtiments scolaires, d’universités, de quartiers résidentiels, de stations touristiques, d’infrastructures de services publics ainsi que d’autres espaces de divertissement et loisirs.
Investissements concentrés dans quelques pays
Sur la période sous revue, les flux de capitaux étrangers ont été concentrés principalement en Égypte, en Éthiopie, en Ouganda, en République démocratique du Congo et au Kenya, qui ont compté pour 90% du total du bloc en 2024 contre 80% en 2023. Dans les détails, l’organisme onusien souligne que les flux d’IDE vers l’Égypte sont passés de 8,4 milliards à 40 milliards d’euros (9,8 milliards à 46,6 milliards USD) en 2024, soit plus de 70 % du total des IDE captés par le COMESA.
À l’exception du Kenya où les flux sont restés quasiment stables à 1,28 milliard d’euros (1,5 milliard USD), tous les autres pays ont connu des hausses plus ou moins marquées. En Éthiopie, les volumes ont grimpé de 22% à 3,4 milliards d’euros (4 milliards USD), pendant qu’en Ouganda, ils progressaient de 10 % à 2,8 milliards d’euros (3,3 milliards USD). En RD Congo, les IDE ont bondi de 21%, s’établissant à 2,6 milliards d’euros (3 milliards USD) en 2024.
D’une manière globale, la CNUCED souligne que les investissements dans des secteurs essentiels aux objectifs de développement durable (ODD) ont affiché un bilan contrasté. Si dans la santé et l’éducation, la tendance est à la hausse avec 668 millions d’euros (778 millions USD), les investissements dans l’eau et l’assainissement ont chuté de 76 %, à 271 millions d’euros (316 millions USD). Ceux dans l’agroalimentaire ont reculé de près de 40 %, se chiffrant à 859 millions d’euros (1 milliard USD), tandis que les investissements dans les infrastructures ont fondu de plus de moitié, avec un stock de 5,7 millions d’euros (6,6 milliards USD) en 2024.
Une présence marquée des investisseurs européens
Dans l’espace COMESA, la CNUCED souligne que les investisseurs européens et nord-américains dominent le paysage des IDE. En l’absence de données complètes pour 2024, l’organisme onusien rappelle que les Pays-Bas sont arrivés en tête en 2023 grâce à un flux de 24,9 milliards d’euros (29 milliards USD) principalement orienté vers l’Égypte et la Libye.
Le Royaume-Uni est le second investisseur européen, avec 12,9 milliards d’euros (15 milliards USD) destinés à l’Égypte et la République de Maurice. L’Italie a dirigé la majeure partie de ses 9,4 milliards d’euros (11 milliards USD) de placements vers l’Égypte et la Tunisie, tandis que la France a réparti ses 8,6 milliards d’euros d’investissements (10 milliards USD) entre la République mauricienne, la Tunisie et l’Égypte.