La filiale ougandaise de la banque britannique Standard Chartered a officialisé la mise en place de trois lignes de crédits, pour un montant total de 641,5 millions d’euros, destinées à financer des infrastructures clés en Ouganda.

Selon les détails relayés samedi 31 janvier par Bloomberg, les financements se répartissent en trois volets, chacun répondant à un besoin précis de l’économie ougandaise.

Un prêt de plus de 340 millions d’euros

Le premier, et le plus important, porte sur l’électricité. Un prêt de 342,5 millions d’euros doit permettre la construction d’une ligne à haute tension de 400 kilovolts reliant le barrage hydroélectrique de Karuma, dans le nord du pays, à la ville de Tororo, à l’est. Une partie du financement est également destinée à des travaux sur une sous-station électrique à Ntinda, dans la capitale Kampala, afin de sécuriser l’approvisionnement des zones industrielles urbaines. Cette tranche a été structurée avec l’appui de l’agence suédoise de crédit à l’exportation (EKN), pour sa première opération en Ouganda.

Le deuxième volet concerne l’eau et l’assainissement. Un prêt d’environ 183 millions d’euros financera des projets dans plusieurs districts du centre, de l’est et du nord du pays. Selon la banque, ces investissements doivent permettre d’améliorer l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement pour près de 740 000 personnes d’ici 2030. Ce financement bénéficie du soutien de Sinosure, l’agence chinoise d’assurance-crédit à l’export.

Enfin, un troisième paquet, d’un montant de près de 116 millions d’euros, est destiné à des travaux routiers portant sur 68 kilomètres. Il a été mis en place avec l’appui de l’Islamic Corporation for the Insurance of Investment and Export Credit, une entité du groupe de la Banque islamique de développement.

Annonces multiples

Ces enveloppes financières interviennent dans un contexte où les autorités ougandaises multiplient les initiatives pour mobiliser des financements extérieurs en faveur des infrastructures. En septembre 2025, Kampala avait indiqué vouloir lever environ 358 millions de dollars (environ 300 millions d’euros) auprès de bailleurs régionaux et internationaux, dont Standard Chartered, pour des projets d’intégration régionale, incluant notamment une interconnexion électrique avec le Soudan du Sud et des axes routiers vers la République démocratique du Congo (RDC).

Un mois plus tard, en octobre, un haut responsable du ministère des Finances ougandais a indiqué que le pays a obtenu un engagement de 2 milliards de dollars de financements concessionnels de la Banque mondiale sur trois ans. Ces ressources doivent être orientées vers les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et la protection sociale, dans un contexte de hausse de l’endettement public et de retard dans le lancement de la production pétrolière.

Pour l’Ouganda, ces annonces constituent un changement dans sa capacité à mobiliser des fonds auprès des bailleurs internationaux. Il faut en effet rappeler que la Banque mondiale avait gelé en 2023 tout nouveau financement à destination du pays est-africain après l’entrée en vigueur de l’Anti-Homosexuality Act (AHA), une législation qui prévoit des peines allant de vingt ans de prison à la peine de mort pour certaines infractions liées à l’homosexualité. En juin dernier, l’institution a indiqué que des mesures avaient été prises « pour atténuer les effets négatifs potentiels de la loi », ce qui permet à la Banque mondiale de relancer ses activités de financement dans le pays.

Une économie résiliente

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’économie ougandaise a fait preuve d’une résilience notable après la pandémie. La croissance a atteint 6,3 % sur l’exercice 2024-2025, l’inflation est restée contenue et les réserves de change se sont renforcées, soutenues notamment par les exportations de café et des entrées de capitaux.

Si l’on en croit ses prévisions, les perspectives demeurent globalement positives, avec l’espoir d’un soutien supplémentaire lié au démarrage attendu de la production pétrolière d’ici fin 2026.

D’ici à cette échéance (qui a déjà été reportée à plusieurs reprises), l’Ouganda joue donc une séquence importante pour son économie : utiliser ces financements pour lever ses principaux blocages infrastructurels, sans peser excessivement sur les finances publiques.