En décembre 2022, face à l’incapacité du pays à rembourser ses dettes, les dirigeants du Ghana ont sollicité l’assistance du FMI. Trois ans plus tard, ses performances économiques battent des records. Mais cette reprise repose principalement sur l’or exporté à Dubaï. Or, la zone est aujourd’hui piégée par un conflit à l’issue incertaine.
S&P Global Ratings, le cabinet américain de notation financière, a confirmé le 27 mars dernier la note souveraine B-/B du Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, exportateur de pétrole et d’or, avec une perspective stable. Six crans en dessous du seuil dit « investissement de qualité ». Cette note dit l’essentiel : le Ghana reste un emprunteur risqué, mais sa trajectoire s’améliore. L’économie a enregistré estimée à 6 % en 2025 et S&P prévoit une croissance moyenne de 5,6% par an jusqu’en 2028.
Le moteur de ce retournement : le Ghana Gold Board, surnommé GoldBod, créé en mars 2025. Avant cette réforme, une grande partie de l’or produit par les petits mineurs quittait le pays de manière informelle, sans que les dollars générés n’alimentent les caisses de la Banque centrale. Aujourd’hui GoldBod est devenu le seul acheteur et exportateur officiel de cet or. Résultat : les volumes exportés ont bondi de 63% en un an, à 96 tonnes métriques évaluées à 15,8 milliards de dollars. Les réserves de devises ont triplé pour atteindre 14,5 milliards. L’inflation, qui dépassait 50 % au plus fort de la crise, est tombée à 3,6 % en février 2026 — un record historique.
« Les résultats macroéconomiques de 2025 ont été meilleurs que prévu », a déclaré le Dr Adrian Alter, représentant résident du Fonds monétaire international (FMI) au Ghana, en janvier 2026. Le programme d’urgence de 3 milliards de dollars accordé par Washington a été prorogé de trois mois jusqu’en août 2026 pour boucler une dernière revue.
Difficile de remplacer Dubaï
L’architecture de cette reprise souffre pourtant d’une fragilité structurelle. En 2025, plus de 72% de l’or artisanal du Ghana était expédié vers Dubaï pour y être raffiné, l’Inde absorbant l’essentiel du reste, selon les données du Ghana Gold Board. La mécanique de soutien au cédi repose entièrement sur ce circuit : l’or part par avion, les dollars arrivent, la Banque centrale les injecte sur le marché des changes pour stabiliser la monnaie. Quand les avions ne volent plus vers Dubaï, le robinet se resserre.
C’est précisément ce qui se produit depuis le début du mois de mars 2026, avec un conflit régional qui a impacté le fonctionnement normal de plusieurs aéroports du Golfe. GoldBod a confirmé avoir préparé des routes alternatives, notamment vers l’Inde et vers Shanghai. Mais ces destinations sont plus coûteuses, moins maîtrisées et le processus lancé qui vise à faire certifier l’or artisanal ghanéen par la London Bullion Market Association (LBMA), l’organisation internationale de référence, n’est pas encore achevé. Sans cette certification, il reste exclu des marchés premium en Suisse ou aux États-Unis, où les acheteurs paient les meilleurs prix. « Une déclaration de zone d’exclusion aérienne nous toucherait de plein fouet — plus d’échanges, plus de devises », a averti un responsable d’une mine artisanale ghanéenne à Reuters.
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Arbitrages fiscaux à surveiller
Sur le front budgétaire, le gouvernement du président John Mahama joue une carte ambitieuse. Le 9 mars 2026, une nouvelle loi sur les redevances minières est entrée en vigueur, remplaçant le taux fixe de 3% à 5% par un barème glissant : 9% de base, pouvant atteindre 12% si le cours de l’once d’or dépasse 4 500 dollars. L’objectif est clair : capter davantage de rente minière tant que les prix sont élevés, afin de financer un vaste programme d’infrastructures.
La bronca internationale a été immédiate et inhabituellement vive. Les missions diplomatiques des États-Unis, du Royaume-Uni, de Chine, du Canada, d’Australie et d’Afrique du Sud ont toutes contacté le gouvernement ghanéen. Les PDG de Newmont, AngloGold Ashanti et Gold Fields ont écrit directement au ministre compétent. « C’est la première fois que je vois la communauté diplomatique s’impliquer à cette échelle », a confié un dirigeant du secteur à Reuters. Les mines chinoises Zijin et Shandong Gold ont déposé des protestations formelles. Le calcul reste à trancher : plus de revenus pour l’État ou fuite des investisseurs et perte d’emplois à long terme.
S&P soulève enfin un risque que l’histoire ghanéenne rend concret : le Ghana a bénéficié de 19 programmes du FMI. Les dérapages budgétaires ont souvent suivi la fin de chaque programme, en particulier à l’approche des élections. Les nouvelles règles — surplus primaire obligatoire, plafond de dette, conseil budgétaire indépendant — sont réelles, mais elles n’ont pas encore été éprouvées par un scrutin. Les prochaines élections sont prévues en 2028. D’ici là, un dernier dossier doit trouver sa conclusion : la restructuration des « notes Saderea », 117 millions de dollars de titres liés au financement du système de santé ghanéen, seul reliquat non réglé du défaut de 2022. Un accord de principe a été annoncé en janvier 2026. Sa finalisation, attendue dans les prochains mois, marquera le point final d’une restructuration d’envergure inédite pour le Ghana