La banque centrale du Nigeria a annoncé des réserves à leur plus haut niveau en treize ans et un naira stabilisé. Pour les investisseurs occidentaux, le rendement en devise se rétablit mais les flux nets de portefeuille sur la Bourse de Lagos restent négatifs, révélant une confiance encore fragile.

Le Nigeria, première économie d’Afrique de part le nombre d’habitants et désormais troisième par le PIB en dollars US, affiche ses meilleurs indicateurs macroéconomiques depuis une décennie, présentés par le gouverneur de la Banque centrale, Olayemi Cardoso, lors du Forum de politique monétaire du 27 mars à Abuja : les réserves brutes de change ont atteint 50,12 milliards de dollars en février 2026, soit une hausse de 30,73% sur un an et leur niveau le plus élevé depuis treize ans, selon ses propos rapportés par le journal Nigerian Tribune.

Confiance retrouvée

L’inflation globale a reculé à 15,06% en glissement annuel en février 2026, contre 26,27% un an plus tôt, soit le niveau le plus bas depuis novembre 2020 et le onzième mois consécutif de désinflation, selon les données publiées le 16 mars par le Bureau national des statistiques (NBS).

Le naira a terminé l’année 2025 à 1429 nairas par dollar, enregistrant une appréciation de 7,4% — sa première hausse annuelle depuis 2012 et la fin de treize années consécutives de dépréciation, selon l’Agence Ecofin.

« La confiance des investisseurs a nettement progressé, ce qui se traduit par le regain des flux entrants de portefeuille, une participation accrue aux marchés et l’amélioration des indicateurs de risque souverain », a déclaré Olayemi Cardoso au Forum de politique monétaire à Abuja, selon des propos rapportés par Nigerian Tribune. Le gouverneur de la CBN a conduit, depuis 2023, une hausse progressive et soutenue de son taux d’intérêt directeur — de 18,75% à 27,50% — avant de l’abaisser graduellement jusqu’à 26,5% en février 2026, soit les premières baisses de taux en cinq ans.

Pour les investisseurs institutionnels occidentaux, la stabilisation du naira modifie concrètement l’arithmétique du rendement. Lorsqu’un portefeuille libellé en naira affiche une performance positive mais que la monnaie se déprécie simultanément, le gain se dissout en termes de dollars ou d’euros. La restauration d’un taux de change plus prévisible permet désormais de rapatrier des bénéfices sans la décote systématique des années 2023-2024, qui avait conduit de nombreux fonds à réduire leur exposition ou à exiger une prime de risque dissuasive.

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Un marché boursier qui peine à redevenir attractif 

Les données les plus récentes de la Bourse de Lagos dressent pourtant un tableau plus nuancé. Selon le rapport sur les investissements de portefeuille domestiques et étrangers publié par la Nigerian Exchange Limited (NGX) au titre du mois de février 2026, les entrées étrangères ont progressé de 39,39% à environ 42 millions d’euros contre environ 30 millions d’euros en janvier. Mais les sorties ont simultanément augmenté de 9,12% à environ 45 millions d’euros pour un solde net négatif d’environ 3,5 millions d’euros, selon le rapport cité par Nairametrics. Au cours des deux premiers mois de l’année, les flux étrangers nets restent déficitaires à hauteur d’environ 15 millions d’euros, les investisseurs étrangers ne représentant que 10,53 % des transactions totales.

La dynamique du marché dans son ensemble reste néanmoins exceptionnelle. L’indice All-Share de la NGX a progressé de 24% depuis le début de l’année, clôturant février avec une capitalisation boursière de près de 78 milliards d’euros, en hausse de 25,8% par rapport à celle du début de l’exercice. En 2025, les transactions étrangères ont totalisé environ 1,7 milliard d’euros, soit une hausse de 211% par rapport à 540 millions d’euros en 2024, portant la part des investisseurs étrangers à 22% du volume total échangé — leur niveau le plus élevé depuis plusieurs années.

La persistance des sorties nettes en 2026 signale une posture encore opportuniste plutôt que stratégique : les investisseurs étrangers entrent sur des valorisations attractives, puis désinvestissent rapidement au moindre regain de volatilité, selon une analyse publiée le 30 mars par Tekedia Insight, un média nigérian spécialisé. Deux facteurs expliquent cette prudence. D’une part, l’inflation alimentaire a rebondi à 12,12% en glissement annuel en février, contre 8,89 % en janvier, tirée par les tubercules, les céréales et les légumineuses, selon les données du NBS — soit un retournement qui érode le discours de désinflation continue. D’autre part, le baril de brut nigérian est passé de 77 à 103,8 dollars entre fin février et le 9 mars, une hausse de 34 % liée aux tensions au Moyen-Orient, selon la Direction générale du Trésor français — ce qui menace directement la trajectoire désinflationniste via les coûts du carburant et des importations.

Crise au Moyen-Orient : un « risque sérieux »

Le gouverneur Cardoso a reconnu explicitement ce risque : la crise au Moyen-Orient représente « un risque sérieux » pour l’économie nigériane, en raison de son impact sur la volatilité des prix du pétrole, a-t-il dit au Forum de politique monétaire, selon Reporters At Large.

Les prochaines décisions du Comité de politique monétaire — dont la prochaine réunion est attendue avant les élections générales de 2027 — constitueront le test décisif : une remontée des taux pour contenir l’inflation alimentaire réduirait l’attrait des actifs en nairas, tandis qu’une pause risque de laisser la désinflation s’enliser, renforçant la méfiance des investisseurs étrangers à l’égard de la durabilité des gains.