Dans un système déjà largement fondé sur les énergies renouvelables, le Kenya fait le choix d’intégrer une source pilotable pour répondre aux contraintes de stabilité et accompagner la croissance de la demande.

Confronté à une hausse continue de la demande électrique et à des contraintes croissantes de stabilité du réseau public, le Kenya engage une inflexion stratégique de son modèle énergétique. Le pays est-africain prévoit d’introduire le nucléaire pour faire passer sa capacité installée de 3 300 MW à 10 000 MW dans les 5 à 7 prochaines années.

L’annonce a été faite la semaine dernière par le président William Ruto, lors de la Conférence internationale sur l’énergie nucléaire, à Nairobi. « Nous avons pris une décision délibérée et stratégique d’accroître significativement notre capacité énergétique. À partir de notre capacité installée actuelle de 3 300 MW, nous nous engageons à la porter à au moins 10 000 MW, dont 3 000 seront produits à partir de l’énergie nucléaire. » a-t-il déclaré.

Un programme nucléaire pour répondre à la demande

Le programme repose sur la construction d’une centrale nucléaire de 2 000 MW dans le comté de Siaya. Le démarrage des travaux est prévu pour 2027, et la mise en service pour 2034. Le projet sera conduit par l’Agence nationale de l’énergie nucléaire, en collaboration avec Kengen, le producteur et distributeur public d’électricité, désigné comme propriétaire-exploitant.

Cette infrastructure vise à renforcer la production de base dans un système sous pression. La demande nationale a atteint 2 439 MW en décembre 2025, après une progression continue tirée par l’urbanisation, l’industrialisation et l’élargissement de l’accès à l’électricité, désormais proche de 80%.

La centrale est conçue pour fonctionner sur une durée de 60 à 80 ans, et fournir une production continue. Sont également prévus des investissements dans les infrastructures locales (routes, eau, santé, écoles, télécommunications, etc.), afin de soutenir le développement de la localité. Aucune mention n’a cependant été faite des modalités d’approvisionnement en combustible nucléaire, le projet étant pour l’instant centré sur les aspects de capacité, de cadre réglementaire et d’infrastructures.

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Stabiliser le mix énergétique et réduire les coûts

Le recours au nucléaire s’annonce dans un système déjà largement dominé par le renouvelable, qui représente près de 90 % de la production électrique, principalement via la géothermie, complétée par l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire. Ce modèle a permis d’élargir l’accès à l’électricité, mais la montée en puissance de ces énergies variables introduit des contraintes de stabilité du réseau. Le nucléaire est envisagé comme source pilotable, capable de fournir une production stable et continue, complémentaire aux énergies renouvelables.

Selon les autorités, cette intégration doit également produire des effets économiques. « En optimisant notre mix énergétique grâce à l’énergie nucléaire, le Kenya réalisera une réduction significative du coût de l’électricité, comprise entre 4 et 5,5 cents de dollar par unité. » a indiqué William Ruto.

Cette baisse attendue repose sur une production continue et sur la réduction du recours aux combustibles fossiles importés, exposés à la volatilité des prix. Elle pourrait améliorer la compétitivité de KenGen, et alléger les coûts pour les ménages et les entreprises.

Un levier industriel avec des exigences élevées

Le projet est présenté comme un levier de transformation économique. Il devrait générer entre 5 000 et 12 000 emplois durant la phase de construction, puis plusieurs centaines d’emplois qualifiés à long terme. Il implique également un transfert de technologies et le développement de compétences locales.

Le développement du nucléaire civil suppose toutefois la mise en place d’un cadre réglementaire strict. Le Kenya prévoit d’adopter une législation conforme aux standards internationaux en matière de sûreté, de sécurité et de garanties, afin de renforcer la confiance des partenaires et du public. Des défis subsistent, notamment en matière de financement, de formation des ressources humaines et de structuration d’une filière industrielle. La réussite du projet dépendra de la capacité à coordonner ces paramètres dans le respect du calendrier annoncé.

Le programme nucléaire kenyan s’inscrit dans une stratégie énergétique plus large, incluant des projets gaziers, géothermiques, ainsi que des interconnexions régionales. Il est aligné sur les objectifs d’accès universel à l’électricité et de transformation économique du pays. À l’échelle internationale, Nairobi s’inscrit dans la dynamique portée par la COP28, qui vise à tripler les capacités nucléaires mondiales d’ici 2050.