En l’espace de trois jours, Accor a enchaîné les annonces à un rythme soutenu : cession de sa participation dans Essendi, lancement du premier hôtel Emblems en France et renforcement de son partenariat stratégique avec Risma au Maroc. Le groupe français déroule, plus que jamais, sa feuille de route.
Qu’est-ce qui va arrêter Accor ? La formule a de l’allure, tant la semaine du groupe français a ressemblé à une démonstration méthodique. Mercredi 1er avril, Accor annonçait avoir signé un protocole d’accord pour céder sa participation de 30,56 % dans Essendi, ex-AccorInvest, à un consortium formé par Blackstone et Colony IM. Montant potentiel de l’opération : jusqu’à 975 millions d’euros. Derrière l’annonce, une logique limpide : alléger encore le bilan, réduire l’exposition immobilière directe et pousser plus loin un modèle fondé sur la franchise, plus rentable et plus prévisible. Accor indique d’ailleurs que l’ensemble des hôtels du portefeuille resterait sous ses marques, avec de nouveaux contrats de franchise de vingt ans.
Dans la foulée, changement de décor. Cette semaine, le géant français de l’hôtellerie révélait l’arrivée de sa première propriété Emblems en France, dans la citadelle Vauban de Belle-Île-en-Mer. Après la finance, le récit. Après l’allègement du capital, la montée en gamme.
Quelques heures plus tard, Accor ouvrait un troisième chantier au Maroc, en renforçant son partenariat historique avec Risma. Peu familier au lecteur français, ce dernier n’en est pas moins un acteur central : premier groupe hôtelier marocain, il possède et exploite 24 hôtels dans 11 villes du royaume et constitue le principal partenaire d’Accor sur ce marché. Le groupe français y dispose déjà d’un ancrage massif, avec trente ans de présence, une dizaine de marques, 43 hôtels et plus de 6600 chambres. Dans ce contexte, les annonces du 3 avril ne relèvent pas du simple affichage : un Sofitel de 175 clefs doit voir le jour à Tanger en 2029, sur la nouvelle corniche dominant le détroit, tandis qu’un programme de rénovation et de repositionnement du parc existant est lancé, avec en parallèle la création d’une Académie de formation aux métiers du tourisme.
« Nous avons de magnifiques projets à porter ensemble, le Maroc devenant plus que jamais un pays de référence en termes de destination et d’expériences de luxe. »
Maud Bailly, directrice générale de Sofitel Legend, Sofitel, MGallery et Emblems de Accor
En filigrane, une même conviction : pour Accor, le Maroc n’est plus seulement un marché solide, mais un territoire appelé à compter davantage encore dans le luxe. C’est le sens du message adressé par Maud Bailly, directrice générale de Sofitel Legend, Sofitel, MGallery et Emblems, qui salue « une nouvelle ère » et voit dans le royaume un pays de référence pour les expériences haut de gamme. Le tout s’inscrit déjà dans la perspective de la Coupe du monde 2030, explicitement citée dans le communiqué comme un accélérateur pour la montée en puissance de la destination Maroc.
Une stratégie lisible, un environnement moins confortable
Sur les rives nord-ouest de l’île de Shura, première destination insulaire corallienne « verte » d’Arabie saoudite, le Raffles The Red Sea déploiera 121 chambres, 14 suites et 33 villas dans un décor pensé comme une immersion entre héritage saoudien et eaux pastel de la mer Rouge.
Illustration Accor Raffles
Pris séparément, ces trois mouvements racontent la même histoire : Accor continue de dérouler sa feuille de route sans s’encombrer d’ambiguïtés. Le groupe vend des participations, renforce ses marques et mise sur des marchés jugés porteurs. Mais à lire la séquence de plus près, il serait excessif d’y voir une marche triomphale. Car le contexte a changé. Reuters rappelait le 19 mars que le titre Accor avait déjà glissé depuis le début du récent conflit au Moyen-Orient, avant même l’épisode du rapport de Grizzly Research qui avait accentué la baisse.
Or c’est précisément au Moyen-Orient qu’Accor continue de projeter une partie de son avenir, avec plusieurs ouvertures annoncées en 2026 en Arabie saoudite, parmi lesquelles Raffles The Red Sea, Fairmont The Red Sea, Rixos Murjana ou SO/ Jeddah Hotel & Residences. Sur le papier, tout y est : des destinations neuves, des hôtels spectaculaires, la promesse d’un luxe taillé pour l’époque. Mais entre la carte postale et la carte du monde, l’écart s’est creusé. Dans une région de nouveau traversée par les tensions, la question n’est pas seulement de construire ou d’inaugurer, mais de savoir si les voyageurs auront encore l’esprit assez libre pour s’y projeter.
Désert minéral, lagons intacts, hôtels visionnaires… En Arabie saoudite, «The Red Sea» nous ouvre ses portes en exclusivité