La 6e édition de la South Africa Investment Conference, tenue le 31 mars à Johannesburg, a généré des engagements record de 900 milliards de rands, soit environ 46 milliards d’euros. Portée par cette dynamique, Pretoria a relevé son objectif quinquennal à 3 000 milliards de rands soit environ 153,4 milliards d’euros, même si le pays doit encore relever plusieurs défis.
900 milliards de rands, soit environ 46 milliards d’euros. C’est le montant total des promesses d’investissements annoncées le mardi 31 mars à la sixième édition de la South Africa Investment Conference (SAIC). Ces engagements enregistrés dès la première année de mise en œuvre de la stratégie quinquennale du président Cyril Ramaphosa (photo), ont conduit ce dernier à relever l’objectif initial, rapporte le média d’Etat SABC. Selon ce dernier, l’Afrique du Sud vise désormais 3 000 milliards de rands (environ 153,4 milliards d’euros) d’investissements en cinq ans, contre 2 000 milliards (environ 102,3 milliards d’euros) précédemment.
65 projets et 6 secteurs
Organisée annuellement depuis 2018 à Sandton, dans la métropole de Johannesburg, la SAIC est la plateforme à travers laquelle Pretoria structure son dialogue avec les investisseurs nationaux et internationaux. Cette édition a vu la répartition de 65 projets sur 6 secteurs, dont l’énergie verte, le numérique et les infrastructures, dans l’ensemble des neuf provinces du pays.
Parmi les engagements les plus significatifs, le géant pétrochimique Sasol a annoncé 60 milliards de rands (environ 3,07 milliards d’euros) destinés à la modernisation de ses opérations, tandis que le constructeur automobile Toyota investira 10,4 milliards de rands (environ 532 millions d’euros) dans le KwaZulu-Natal pour accompagner la transition énergétique de la filière. Le groupe américain Coca-Cola et ses deux embouteilleurs locaux ont quant à eux confirmé un engagement de 17,6 milliards de rands (environ 900,6 millions d’euros) d’ici 2030, pour couvrir notamment l’extension des capacités de production et le renforcement de la distribution.
La communauté d’affaires française s’est également distinguée, avec des membres de la Chambre de commerce et d’industrie franco-sud-africaine engageant collectivement 20,4 milliards de rands (environ 1,04 milliard d’euros) dans plusieurs secteurs et provinces. Le français TP (Teleperformance), numéro un mondial de la gestion de la relation client, figure aussi parmi les investisseurs européens présents, avec une mise de 145 millions de rands (environ 7,42 millions d’euros) devant générer 2 600 emplois directs.
Des contraintes structurelles à surmonter
Ce succès n’avait pourtant rien d’acquis. Après l’euphorie de la Coupe du monde 2010, l’Afrique du Sud a traversé une décennie de décrochage économique, marquée par la corruption systémique, l’affaiblissement des institutions et la mauvaise gestion. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance n’a atteint en moyenne que 0,7 % par an sur la décennie écoulée, soit moins que la progression démographique, ce qui a entraîné un recul du PIB par habitant.
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Le taux de chômage a grimpé à 32,5% en 2023-2024, contre 25 % en début de décennie, tandis que la dette publique est passée de 31,5% à 77% du PIB. Après la formation en juillet 2024 d’un gouvernement d’union nationale, cette coalition inédite regroupant dix partis s’est donnée pour priorité la relance de la croissance à travers plusieurs réformes saluées lors du SAIC 2026. Ramaphosa a ainsi mis en avant la solidité du système judiciaire sud-africain, la maturité du secteur financier et la couverture des 9 provinces par les futurs investissements, comme preuves d’une confiance restaurée.
« L’attrait de l’Afrique du Sud pour les investissements ne fait aucun doute, et le programme de réformes s’est révélé cohérent et mesurable […] L’Afrique du Sud est en plein essor. Ceux qui voient le potentiel de notre économie et investissent aujourd’hui seront récompensés dans les années à venir », a déclaré le président sud-africain.
Des fragilités subsistent néanmoins, particulièrement dans un secteur électrique en crise depuis plus de 15 ans. Ce dernier repose encore à plus de 70% sur des centrales à charbon vieillissantes, et si les délestages ont nettement reculé ces deux dernières années, notamment grâce au développement du solaire privé, l’opérateur public Eskom a par exemple dû recourir à quatre reprises à ces centrales au premier trimestre 2025.
La dette publique élevée réduit aussi les marges de manœuvre budgétaires. La loi sur l’expropriation signée en décembre 2024, qui prévoit des cas de confiscation sans indemnisation, continue par ailleurs d’alimenter l’incertitude sur les droits de propriété.