L’Afrique du Sud s’apprête à réactiver le programme nucléaire Pebble Bed Modular Reactor (PBMR) qu’elle avait abandonné en 2010. Aujourd’hui seul pays africain à exploiter une centrale nucléaire, elle envisage cette relance dans un contexte où plusieurs États du continent étudient eux aussi la piste du nucléaire civil. Pretoria espère attirer de nouveaux partenaires internationaux, y compris européens.

Le projet PBMR avait été suspendu après plus de 10 milliards de rands (environ 500 millions d’euros) d’investissements, sans qu’un modèle de démonstration ait vu le jour. Il plaçait pourtant à l’époque l’Afrique du Sud parmi les pionniers mondiaux du nucléaire de petite envergure.

Regain pour les SMR

Le 22 octobre 2025, son ministre de l’Électricité et de l’Énergie, Kgosientsho Ramokgopa, a confirmé lors d’un point presse à Cape Town que le gouvernement entendait relancer cette technologie. « Nous sommes très avancés dans nos processus internes pour faire valoir la relance du PBMR » a-t-il déclaré selon des propos relayés par Reuters, précisant qu’une sortie de la phase de maintenance était envisagée pour le premier trimestre 2026, voire plus tôt.

Le ministre a souligné le regain d’intérêt mondial pour les petits réacteurs modulaires (SMR), indiquant que les exploitants de centres de données figurent aujourd’hui parmi les plus gros investisseurs dans ce secteur. Il a cité la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis et la Russie comme pays susceptibles de s’associer à la South African Nuclear Energy Corporation pour développer cette technologie. « Nous pensons que nous ne manquerons pas de prétendants prêts à collaborer avec nous sur le PBMR ».

L’intérêt croissant pour les réacteurs SMR s’explique par plusieurs facteurs dont leur coût réduit, leur flexibilité et leur capacité à produire une énergie stable et bas carbone. Si l’on en croit les conclusions du rapport « The Path to a New Era for Nuclear Energy » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ils pourraient représenter près de la moitié des nouvelles capacités nucléaires installées aux USA d’ici 2050, alors que des projets totalisant jusqu’à 25 GW de capacité SMR sont déjà en développement dans le monde.

En Afrique, plusieurs pays comme le Ghana ou le Kenya explorent activement cette technologie pour leurs stratégies de nucléaire civil.

Un plan énergétique à 110 milliards d’euros

La relance envisagée par Pretoria entre dans le cadre d’un ambitieux plan énergétique dévoilé le 19 octobre, visant à sortir durablement l’Afrique du Sud de sa crise électrique et à relancer la croissance. Doté d’un budget de 2,2 trillions de rands (environ 110 milliards d’euros), ledit plan prévoit une transformation du mix énergétique national, avec une part de sources bas carbone qui devrait dépasser celle du charbon pour la première fois dans l’histoire du pays.

D’ici 2030, la nation arc-en-ciel prévoit d’ajouter 11 270 MW de solaire photovoltaïque, 7340 MW d’éolien, 6000 MW de gaz et 5200 MW de nucléaire.

Le programme PBMR devrait contribuer à ces objectifs, aux côtés de Koeberg, l’unique centrale nucléaire actuellement en activité sur le continent africain. Initialement conçue pour une durée d’exploitation de 40 ans, elle devait fermer entre 2024 et 2025. Les autorités ont toutefois engagé des démarches pour en prolonger la durée de vie jusqu’en 2045-2047.

Un intérêt européen, mais aussi américain et asiatique

Selon l’AIE, la quasi-totalité des nouveaux réacteurs nucléaires construits entre 2017 et 2024 dans le monde l’ont été avec des technologies chinoises (25 réacteurs) ou russes (23 réacteurs). La Russie peut être vue comme un éventuel partenaire de la nation arc-en-ciel, étant déjà présente en Afrique via sa société Rosatom. Elle avance notamment dans la construction de la centrale nucléaire d’El-Dabaa en Égypte, tout en explorant des pistes de partenariats avec des pays comme le Mali ou le Burkina Faso.

La France apparait également comme un partenaire potentiel, en raison de son expérience historique dans le nucléaire civil et l’exploitation d’uranium sur le continent. L’Afrique du Sud avait d’ailleurs confié la construction de la centrale de Koeberg dans les années 70 à un consortium français (Spie Batignolles, Alsthom et Framatome). Les travaux ont débuté en 1976 pour s’achever neuf ans après, avec l’entrée en service des deux réacteurs à eau pressurisée.

La Turquie, encore dépendante de la Russie pour son propre programme, pourrait aussi devenir un acteur de cette dynamique si elle parvient à acquérir une autonomie technologique. La liste des partenaires envisageables inclut également les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon ou encore le Canada.

Pour attirer des partenaires technologiques ou financiers afin de développer son secteur nucléaire, Pretoria devra cependant offrir des garanties en matière de cadre réglementaire. Il lui faudra aussi démontrer que l’acceptation sociale, qui a freiné plusieurs projets par le passé, ne constituera plus un obstacle majeur.